Tout homme est utile à l'humanité par cela seul qu'il existe.

09 décembre 2014

Leçon de stratégie politique à l'usage de ceux qui veulent changer le monde

Par Pablo Iglesias. Leader de Podemos, parti espagnol issu du Mouvement des Indignés qui, en même pas un an d'existence, est devenu la deuxième force politique en Espagne. Les sondages le donnent même en tête des intentions de vote pour les élections générales qui approchent à grands pas.

Une petite leçon de politique par Pablo Iglesias, citoyen madrilène, professeur de sciences politiques et homme du peuple, devenu en quelques mois le porte-voix de tous ceux que la crise a frappés et que les pouvoirs publics ont abandonnés.

L'intervention (traduite ci-dessous) est disponible en version originale ici : https://www.youtube.com/watch?v=6-T5ye_z5i0&feature=youtu.be

Je sais pertinemment que la clé pour comprendre l'histoire des cinq siècles passés est l'émergence de catégories sociales spécifiques, appelées “classes”. Laissez-moi vous raconter une anecdote. Quand le mouvement des Indignés a commencé, sur la place de la Puerta del Sol, des étudiants de mon département, le département de sciences politiques de l'Université Complutense de Madrid, des étudiants très politisés (ils avaient lu Karl Marx et Lénine) se confrontaient pour la première fois de leur vie à des gens normaux.

Ils étaient désespérés : “Ils ne comprennent rien ! On leur dit qu'ils font partie de la classe ouvrière, même s'ils ne le savent pas !” Les gens les regardaient comme s'ils venaient d'une autre planète. Et les étudiants rentraient à la maison, dépités, se lamentant : “ils ne comprennent rien”.

[A eux je dis], “Ne voyez-vous pas que le problème, c'est vous? Que la politique n'a rien à voir avec le fait d'avoir raison ?” Vous pouvez avoir la meilleure analyse du monde, comprendre les processus politiques qui se sont déroulés depuis le seizième siècle, savoir que le matérialisme historique est la clé de la compréhension des mécanismes sociaux, et vous allez en faire quoi, le hurler aux gens ? “Vous faites partie de la classe ouvrière, et vous n'êtes même pas au courant !”

L'ennemi ne cherche rien d'autre qu'à se moquer de vous. Vous pouvez porter un tee-shirt avec la faucille et le marteau. Vous pouvez même porter un grand drapeau, puis rentrer chez vous avec le drapeau, tout ça pendant que l'ennemi se rit de vous. Parce que les gens, les travailleurs, ils préfèrent l'ennemi plutôt que vous. Ils croient à ce qu'il dit. Ils le comprennent quand il parle. Ils ne vous comprennent pas, vous. Et peut-être que c'est vous qui avez raison ! Vous pourrez demander à vos enfants d'écrire ça sur votre tombe : “il a toujours eu raison – mais personne ne le sut jamais”.

En étudiant les mouvements de transformation qui ont réussi par le passé, on se rend compte que la clé du succès est l'établissement d'une certaine identification entre votre analyse et ce que pense la majorité. Et c'est très dur. Cela implique de dépasser ses contradictions.

Croyez-vous que j'aie un problème idéologique avec l'organisation d'une grève spontanée de 48 ou même de 72 heures ? Pas le moins du monde ! Le problème est que l'organisation d'une grève n'a rien à voir avec combien vous ou moi la voulons. Cela a à voir avec la force de l'union, et vous comme moi y sommes insignifiants.

Vous et moi, on peut souhaiter que la terre soit un paradis pour l'humanité. On peut souhaiter tout ce qu'on veut, et l'écrire sur des tee-shirts. Mais la politique a à voir avec la force, pas avec nos souhaits ni avec ce qu'on dit en assemblées générales. Dans ce pays il n'y a que deux syndicats qui ont la possibilité d'organiser une grève générale : le CCOO et l'UGT. Est-ce que cette idée me plaît ? Non. Mais c'est la réalité, et organiser une grève générale, c'est dur.

J'ai tenu des piquets de grève devant des stations d'autobus à Madrid. Les gens qui passaient là-bas, à l'aube, vous savez où ils allaient ? Au boulot. C'étaient pas des jaunes. Mais ils se seraient faits virer de leur travail, parce qu'à leur travail il n'y avait pas de syndicat pour les défendre.Parce que les travailleurs qui peuvent se défendre ont des syndicats puissants. Mais les jeunes qui travaillent dans des centres d'appel, ou comme livreurs de pizzas, ou dans la vente, eux ne peuvent pas se défendre.

Ils vont se faire virer le jour qui suivra la fin de la grève, et ni vous ni moi ne serons là, et aucun syndicat ne pourra garantir qu'ils pourront parler en tête-à-tête avec le patron et dire : “vous feriez mieux de ne pas virer cet employé pour avoir exercé son droit de grève, parce que vous allez le payer”. Ce genre de choses n'existe pas, peu importe notre enthousiasme.

La politique, ça n'est pas ce que vous ou moi voudrions qu'elle soit. Elle est ce qu'elle est, terrible. Terrible. Et c'est pourquoi nous devons parler d'unité populaire, et faire preuve d'humilité. Parfois il faut parler à des gens qui n'aiment pas notre façon de parler, chez qui les concepts qu'on utilise d'habitude ne résonnent pas. Qu'est-ce que cela nous apprend ? Que nous nous faisons avoir depuis des années. Le fait qu'on perde, à chaque fois, implique une seule chose : que le “sens commun” des gens est différent de ce que nous pensons être juste. Mais ça n'est pas nouveau. Les révolutionnaires l'ont toujours su. La clé est de réussir à faire aller le “sens commun” vers le changement.

César Rendueles, un mec très intelligent, dit que la plupart des gens sont contre le capitalisme, mais ne le savent pas. La plupart des gens sont féministes et n'ont pas lu Judith Butler ni Simone de Beauvoir. Il y a plus de potentiel de transformation sociale chez un papa qui fait la vaisselle ou qui joue avec sa fille, ou chez un grand-père qui explique à son petit-fils qu'il faut partager les jouets, que dans tous les drapeaux rouges que vous pouvez apporter à une manif. Et si nous ne parvenons pas à comprendre que toutes ces choses peuvent servir de trait d'union, l'ennemi continuera à se moquer de nous.

C'est comme ça que l'ennemi nous veut : petits, parlant une langue que personne ne comprend, minoritaires, cachés derrière nos symboles habituels. Ca lui fait plaisir, à l'ennemi, car il sait qu'aussi longtemps que nous ressemblerons à cela, nous ne représenterons aucun danger.

Nous pouvons avoir un discours très radical, dire que nous voulons faire une grève générale spontanée, parler de prendre les armes, brandir des symboles, tenir haut des portraits de grands révolutionnaires à nos manifestations – ça fait plaisir à l'ennemi ! Il se moque de nous ! Mais quand on commence à rassembler des centaines, des milliers de personnes, quand on commence à convaincre la majorité, même ceux qui ont voté pour l'ennemi avant, c'est là qu'ils commencent à avoir peur. Et c'est ça qu'on appelle la politique. C'est ce que nous devons apprendre.

Il y avait un gars qui parlait de Soviets en 1905. Il y avait ce chauve, là. Un génie. Il comprit l'analyse concrète de la situation. En temps de guerre, en 1917, en Russie, quand le régime s'effondra, il dit une chose très simple aux Russes, qu'ils soient soldats, paysans ou travailleurs. Il leur dit “pain et paix”.

Et quand il dit ces mots, “pain et paix”, qui était ce que tout le monde voulait (la fin de la guerre et de quoi manger), de nombreux Russes qui ne savaient plus s'ils étaient “de gauche” ou “de droite”, mais qui savaient qu'ils avaient faim, dirent : “le chauve a raison”. Et le chauve fit très bien. Il ne parla pas au peuple de “matérialisme dialectique”, il leur parla de “pain et de paix”. Voilà l'une des principales leçons du XXème siècle.

Il est ridicule de vouloir transformer la société en imitant l'histoire, en imitant des symboles. Les expériences d'autres pays, les événements qui appartiennent à l'histoire ne se répètent pas. La clé c'est d'analyser les processus, de tirer les leçons de l'histoire. Et de comprendre qu'à chaque moment de l'histoire, si le “pain et paix” que l'on prononce n'est pas connecté avec les sentiments et les pensées des gens, on ne fera que répéter, comme une farce, une tragique victoire du passé.

28 septembre 2014

Vis ma vie... de stagiaire de l'Education Nationale

Je ne sais pas ce qui m'a pris de passer le CAPES. Ah, si : y'a pas de boulot, de surcroît quand on a des diplômes autres que ceux des écoles d'ingénieur ou de commerce et qui permettent (relativement) de trouver un emploi où l'on se fait surexploiter et traiter comme de la chienlit.

Mes deux masters recherche en poche, il a bien fallu me rendre à l'évidence : y'avait rien d'autre pour des gens comme moi, ceux qui aspirent surtout à changer le monde et qui croient encore en les vertus de la méritocratie républicaine. Ceux qui s'évertuent à voir le positif dans le métier d'enseignant, malgré tout ce qu'on entend – et comme j'ai des parents profs, croyez-moi, je ne m'attendais pas à poser le pied dans un pays de cocagne du salariat non plus. Mais ça, c'était avant ma plongée tête la première dans la machine à broyer les vocations, j'ai nommé l'Education Nationale.

Je passerai sur les conditions fumeuses d'affectation, il paraît que c'est normal, de savoir parfois une semaine seulement à l'avance où l'on va atterrir. De découvrir trois jours avant la rentrée quels niveaux on a pour préparer des cours chiadés. Se retrouver dans des établissements difficiles ou moins difficiles, une question de chance. Moi j'en ai. Je suis parmi les bien lotis : je suis pas en ZEP, et j'enseigne en lycée, avec une équipe pédagogique soudée et solidaire, une direction qui assure derrière, ce qui n'est pas le cas de tout le monde.

Depuis le 2 septembre, j'ai la chanson des Fatals Picards dans la tête : “Trente-cinq élèves, cette année...”. Trente-cinq élèves par classe, trente-cinq ados, gentils mais qui bougent beaucoup et demandent une dose d'énergie assez considérable. Trente-cinq diablecitos, formatés par un système du tout-à-l'ego qui veut en faire de bons exécutants et surtout pas des êtres pensants. Mais les élèves, c'est même pas ce qui chagrine : on les prend comme ils sont, avec leur spontanéité, leur hyperactivité, leur insolence parfois. On les gère, on apprend le recul, un peu d'humour mêlé de fermeté et finalement on s'habitue. Eux aussi, ils s'habituent, prennent un rythme, une routine, acceptent d'apprendre et d'obéir aux injonctions qu'on pèse prudemment, le sens de la justice aidant. En définitive, heureusement qu'ils sont là, ça nous renvoie à notre humanité, à la raison pour laquelle on se lève le matin tôt pour finir de corriger leurs copies où ils ont, finalement, mis pas mal d'effort. Et puis, enseigner l'anglais, c'est plutôt chouette, ça laisse un vaste éventail de sujets à traiter. Voir la lumière s'allumer dans les yeux de trente-cinq ados qui viennent de faire un lien dans leur tête ou de comprendre un nouveau concept, j'avoue c'est le bonheur.

 Non, ce qui déchire les entrailles, ce qui me fait me réveiller tous les matins avec une angoisse au fond de la gorge et des larmes à la paupière, ça n'est ni les comportements parfois totalement inappropriés des élèves, ni leur manque d'esprit critique – qui ne demande qu'à s'éveiller, au final, personne n'est intrinsèquement destiné à ne pas avoir goût à l'apprentissage.

Ce qui me fait hurler et m'empêche de dormir la nuit, m'obligeant à allonger les tisanes à la valériane et les verres de vin, ça n'est pas les élèves, c'est le système. Les rouages de cet immense brise-rêves qu'est l'Education Nationale, qui éclate les vocations d'aspirants enseignants à coups des marteaux géants de l'arbitraire.

 

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Depuis quelques années, depuis le règne de Napoléon Sarkozy essentiellement, les réformes s'enchaînent et se poursuivent sous la monarchie présidentielle de François Hollande. Depuis environ 5 ans, les profs ont vu leurs statuts, fonctions, obligations et formations réformés au moins 4 fois. Il y a encore une dizaine d'années, un professeur stagiaire enseignait 6 heures par semaine, avec formations à l'IUFM pour les préparer au métier, et à l'issue de la première année, la titularisation était à la clé. Et puis sous Sarkozy, les experts ont décidé de finalement jeter les primo-arrivants dans le grand bain sans qu'ils aient appris à nager, et ils sont passés à 18h par semaine devant les élèves sans formation. A la suite de quoi l'on s'est dit que finalement, 15 heures par semaine avec une journée de formation seraient sans doute plus appropriées. Je vous passe les détails : cette année nous sommes revenus à 9 heures (réparties sur 3 jours de la semaine) avec 2 journées de formations. Si l'on peut appeler cela des formations (mais j'y reviendrai). Jusqu'ici tout va bien. Sauf que voilà : il s'avère que tout le monde n'est pas au même traitement. Certains stagiaires font encore 18 heures, d'autres 9 heures. Cette année est particulièrement étrange, au sens où l'on voit arriver une génération de stagiaires aux profils complètement différents selon les cas, puisqu'en plus de réformer la formation, le gouvernement en a profité pour réformer le concours. Et c'est là que ça devient n'importe quoi.

  • il y a les lauréats du concours antérieur (jusqu'à la session 2013), qui ont pu faire des demandes de report de stage (pour passer d'autres concours par exemple), qui sont à 9 heures par semaine avec formation, à 1600 euros par mois ;

  • il y a les lauréats de la session dite “2014 exceptionnelle”, qui ont passé leurs écrits en janvier 2013 et les oraux en juin 2014 (oui, oui), qui sont à 18h par semaine sans formation, à 1600 euros par mois;

  • et puis il y a ceux qui ont eu le “concours rénové” 2014, à 9 heures avec formations, à 1300 euros par mois (Hollande ayant décidé que les profs stagiaires, qui étaient passés de 1300 à 1600 sous l'ère Sarkozy, gagnaient finalement trop, et que 200 euros au-dessus du Smic, c'était bien assez pour des gens qui avaient fait 5 ans d'études et obtenu un concours).

En principe, le dernier, ce “concours rénové” est passé (et obtenu) à la fin du Master 1, et le stage de 9 heures par semaine s'effectue en parallèle avec le Master 2 dit “MEEF” (Métiers de l'Enseignement et je ne sais plus quoi) : 9 heures de cours avec ses propres classes à gérer et les unités d'enseignement normales d'un Master 2 à valider. La validation de l'année de stage par l'inspection en fin d'année et l'obtention du Master 2 sont deux conditions sine qua non pour être titularisé (comprendre : “obtenir le vrai statut de prof”). Ca paraît logique, comme ça. Sauf que...

L'IUFM, c'est fini, depuis quelques années déjà. Maintenant, on a un autre type d'établissement supérieur destiné à dispenser les formations, qui s'appelle l'ESPE. L'ESPE n'est pas, comme l'était l'IUFM, un établissement différencié qui forme les nouveaux arrivants. L'ESPE est une administration, rien d'autre, créée de toutes pièces, visant à établir un lien et à assurer la communication entre le rectorat de chaque académie et les différents pôles de formation – les facs. Il y a plusieurs centres de formation dans chaque académie, et là où l'ESPE est censée, justement, faire le lien entre ces universités et le rectorat, il n'en est rien.

Nous sommes nombreux à avoir le CAPES ou l'agrégation et à déjà avoir un M2. En conséquence, l'ESPE nous a promis (depuis les résultats des concours) un “parcours adapté à nos besoins” : étant donné que ceux qui sont stagiaires cette année ont déjà un M2, ils et elles ne rentrent guère dans les cases du ministère, puisque depuis la réforme de cette année il est attendu que nous n'ayons qu'un M1 et que nous passions le M2 en même temps que notre année de stage.

La semaine de pré-rentrée (fin août) fut un véritable calvaire : les titulaires de masters (dont je suis, donc), n'ont eu cesse de poser des questions, afin de savoir où nous devions nous inscrire, quand, à quelle ESPE, à quels cours, et surtout, comment (les sites des ESPEs de chaque académie n'ouvrant la possibilité que de s'inscrire au Master MEEF et pas au fameux “parcours adapté”). Chaque fois, la réponse nous fut donnée : “on ne sait pas, l'administration, qui se réunira prochainement, étudiera les cas de chacun pour déterminer les obligations de chacun et leurs parcours adaptés. Ne vous inscrivez pas, nous vous recontacterons quand ce sera fait”.

Et puis, plus de nouvelles. Chacun fait sa rentrée le 2 septembre, s'adapte à son nouvel établissement et son nouveau métier, et passe les heures qui leur restent libres à téléphoner au rectorat pour obtenir des informations pour savoir où et comment s'inscrire, le rectorat les renvoie à la direction de l'ESPE, qui les renvoie au rectorat. Astérix et la Maison des Fous : l'administration elle-même est dépassée, personne ne sait rien, donc toi, prof stagiaire, qui dois entre-temps faire tes cours, corriger tes copies, t'assurer de t'adapter à tes classes etc, tu attends. Jusqu'à la mi-septembre, où tu reçois un courriel du rectorat (où diable ont-ils obtenu mon adresse email personnelle, déjà ?), qui te menace de “perdre le bénéfice de ton concours si tu ne justifies pas d'une inscription à l'ESPE et que tu n'envoies pas la copie de tes diplômes”. Comme le rectorat est humain, on te laisse un délai : tu as jusqu'au surlendemain (en pleine semaine de cours, évidemment).

Panique générale : certains ont reçu ce courriel, d'autres non. On essaye de démêler tout ceci entre ceux qui se connaissent, parfois d'une académie à l'autre, on se passe les informations qu'on glane. Le syndicat (parce que, comme tu es un(e) salarié(e) consciencieux(se), tu t'es syndiqué(e), car tu sais à quel point il est vital de connaître ses droits et d'être couvert), dont tu as les militants qui tiennent la permanence au téléphone à peu près tous les jours, s'insurge. Ca n'a jamais été autant le chaos que cette année, personne ne comprend rien à ce qui se passe, l'administration ne communique rien, l'ESPE, qui était créée pour assurer la bonne communication entre le rectorat et les centres de formation, a visiblement failli à sa tâche. Après des heures (encore) au téléphone, personne n'en sait plus, et les syndicats ont soigneusement été laissés à l'écart de tout ça, car l'ESPE étant un organisme indépendant du ministère de l'Education Nationale, il ne leur est guère possible d'agir sur quoi que ce soit, ni même d'obtenir des informations.

Il s'avère qu'en réalité, les universités, autonomes depuis la loi sur l'autonomie des universités (ou loi Pécresse – vous vous souvenez les camarades ? C'est contre ça qu'on avait bloqué nos facs pendant 8 mois en 2007-2008 !), font exactement ce qui leur chante, et l'ESPE ne sert donc strictement à rien puisque les diverses universités sont de fait indépendantes.

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Là-dessus, les événements s'enchaînent : tu obtiens l'email d'un des formateurs à l'une des trois universités dispensant les formations dans ton académie, tu lui écris, la personne te répond qu'elle t'a déjà envoyé un email (jamais reçu) et que la rentrée à l'ESPE, c'était hier, que tu dois venir la semaine prochaine aux cours. Tu apprends aussi que tu as été arbitrairement affecté(e) à l'un des ESPEs de ton académie par dieu-sait-qui ; encore une fois, j'ai de la chance, j'ai été affectée à l'ESPE le plus près de chez moi, à 50 minutes en transports en communs, alors que d'autres, qui vivent peu ou prou dans le même coin que moi, se tapent 2h30 de trajet pour aller à l'ESPE à l'autre bout de l'académie. Et dans d'autres académies, moins bien desservies en termes de transports, les stagiaires se retrouvent à faire parfois 2h de voiture ou de bus pour y aller (avec le coût que cela engendre, sur un salaire de 1388 euros, lâchez donc 60 balles deux fois/semaine comme certaines collègues pour aller en formation, faites le calcul...).

J'ai donc eu ma première journée de formation jeudi – l'assiduité est obligatoire, évidemment les horaires sont fichus n'importe comment, et on nous a spécifié que nous aurions aussi des cours le samedi, horaires à définir. A ceux qui n'étaient pas là le jour de la rentrée (presque tous ceux qui sont stagiares), l'on nous réexplique le principe : 4 UE à valider par semestre, et un rapport de stage/mémoire au deuxième semestre, qui conditionne notre titularisation. La diversité des situations ne nous échappe pas : nous sommes, à ces formations, des certifiés, des agrégés, en report de stage pour certains, en collège ou en lycée, mélangés avec des étudiants de Master 1 et Master 2 MEEF, qui ne sont pas encore en poste car passant les concours à la fin de l'année (donc étudiants à plein temps... mais avec un stage en établissement – non payé paraît-il – à partir d'octobre). Pas tous au même traitement, pas tous au même salaire, affectés dans une ESPE par une administration obscure dont on ne sait pas qui elle est ni comment tout ceci a été décidé, et tout le monde dans un cas différent : si j'avais l'esprit mal tourné, je dirais que cette mascarade fait partie d'une stratégie de division. Dès lors que tout le monde n'a pas les mêmes droits ni le même statut, comment alors se rassembler collectivement pour demander que l'on soit traités décemment ?

So much for the parcours adapté qu'on nous avait promis, et qui en fait n'existe pas. En définitive, nous devrons suivre un certain nombre d'UEs avec ceux qui sont en Master MEEF, et puis voilà. Fin de l'histoire. Aucune prise en compte des services effectués à l'étranger, aucune prise en compte du fait que pour la plupart, nous avons déjà un Master 2 et qu'il est donc complètement absurde de nous en faire refaire un.

J'ai eu l'immense malheur d'ouvrir ma petite bouche pour dire que selon le syndicat, ce qui était prévu au départ était la chose suivante : les stagiaires sont tenus d'assister aux formations (normal), mais ceux qui ont déjà un M2 ne sont pas dans l'obligation de valider les examens, puisqu'ils sont déjà titulaires d'un Master (voire deux) il serait idiot de leur en faire refaire un... Que nenni, la mention du “syndicat” a déclenché une réaction hostile de la part de la personne chargée de la formation, qui a balayé ma question d'un revers de main en me faisant passer pour une insupportable revendicatrice (sorry, je connais mes droits... et la loi), traitant avec un mépris inqualifiable ceux qui osaient poser des questions gênantes de ce type.

La manière d'exempter certains étudiants ou stagiaires de certains cours sans justification valable confirme ce terrible sentiment d'inégalité parmi celles et ceux qui sont tenus d'être là.

L'Education Nationale, du fait de réformes d'autonomisation et de coupes budgétaires, est désormais sous la coupe de la loi de l'arbitraire. Ce n'est pas tout : celles et ceux qui ont été exemptés d'un cours ou deux ont été “vivement encouragés à se taire”, de manière à ce que “ce ne soit pas perçu comme injuste par des étudiants d'autres ESPEs”. Evidemment que cela va être perçu comme injuste, car il n'y a aucune justice là-dedans. Depuis le haut de la machine jusqu'aux petits chefs qui assurent le fonctionnement de ses rouages en exerçant pressions, menaces et chantage sur les nouveaux arrivants, la justice n'a plus rien à voir dans tout ceci.

Malmenés, traités comme des sous-merdes dans des formations qui en plus consistent à nous faire apprendre la novlangue de l'Education Nationale et pas à nous donner des clés pour enseigner au mieux (les cours : apprendre les “compétences du professeur”, les écrire dans des cases, puis dans d'autres cases avec un arrangement différent. Et c'est quelqu'un qui aime profondément les études qui vous dit ça), exhortés au silence face à l'arbitraire... J'avoue, si je ne m'attendais pas à un métier facile, je ne m'attendais, surtout, pas à voir le service public fonctionner comme la pire des boîtes privées, où chaque administration se dédouane de ses responsabilités, où le traitement que l'on reçoit dépend de la gueule du client, et où notre titularisation dépendra de notre capacité à nous conformer à l'arbitraire, à nous taire devant des règles injustes qui viennent d'on ne sait où et ne sont même pas conformes à la loi. 

J'ai décidé de ne pas la fermer. J'ai décidé de ne pas rester seule avec mes angoisses. Tant pis si je me fais saquer. Je serai, comme mes collègues, infantilisée pendant un an (voire plus), matraquée de jargon de technocrates par des fonctionnaires qui ne se retrouvent jamais seuls face à une classe de 35 élèves. Je ne demande pas de traitement de faveur, ni à être moi-même exemptée de quoi que ce soit que l'Education Nationale jugera bon pour les gamins qu'on a en face. Je demande juste qu'on traite avec respect les agents de la fonction publique. Que la machine cesse de broyer les vocations comme elle le fait, en traitant les gens au cas par cas, en donnant une image aussi irresponsable, aussi injuste, parce que ses porte-voix sont constitués de chefaillons – ou de gens sympas, d'ailleurs, il y en a aussi... Mais ça ne devrait rien avoir à voir avec la situation.

Quand on s'en remet à la chance de ne pas tomber sur des personnes dont la tendance est à l'autoritarisme pour être traités comme des êtres humains, c'est que le système a un problème. De la même manière que la réponse “mais le Roi n'est pas méchant, il nous traite bien” n'est pas une excuse à un système monarchique qui de fait promeut l'inégalité à la naissance, le fait d'avoir quelques avantages, quelques exemptions de cours par rapport à ses collègues ne justifie pas le fonctionnement par l'arbitraire. Et il ne justifie en rien le fait de fermer sa bouche devant l'injustice criante. Ne restez pas tous seuls. Nouveaux fonctionnaires de l'Education Nationale, bienvenue dans le service public nouvelle génération : celui où le terme “égalité” n'est plus qu'une coquille vide de sens dans le tryptique que l'on voit le matin au fronton de la grande arène, le seul endroit qui finalement reste réel, parce qu'on a des êtres humains en face : l'Ecole de la République.

Posté par L Enragee à 13:18 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

22 septembre 2014

Que no... que no... que no nos representan!

Entre le retour de Nicolas Sarkozy et les bidouillages de tout un chacun pour prendre le pouvoir, je me pose tout de même la question de la représentativité. On voit et on entend toujours les mêmes guignols défiler à la télé, et ce depuis plus de 40 ans. J'en ai marre de voir toujours les mêmes tronches nous expliquer, à quelques années d'intervalle, et avec quelques rides de plus, qu'il “faut du renouveau” - mais défendant toujours les mêmes idées. Quand je les entends, les Juppé, Copé, Raffarin, Fabius, Aubry, Le Pen... Ils composent le paysage politique depuis quasi un demi-siècle, et tout ce qu'ils arrivent à faire c'est rendre la vie des gens pire. Dites, vous avez le sentiment qu'ils changent fondamentalement d'idées ? Que vieillir leur fait la grâce de la sagesse ? Que nenni ! Pas une remise en cause du système qui les nourrit depuis des années et qu'ils ont en large partie contribué à constituer. Pas pour le peuple, mais pour eux.

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Une recherche rapide sur le site de l'Assemblée Nationale confirme mon pressentiment que nous sommes gouvernés par une bande de bulots qui se sont installés là il y a quelques dizaines d'années et, bien accrochés, n'en tomberont que quand ils seront morts... ou que le peuple les mettra définitivement à la retraite. Un petit tour sur le site de l'AN, dont je croise les chiffres avec ceux de l'InSee, m''informe que 73.8% (donc les trois-quarts) des députés ont plus de 50 ans. Sans compter que sur les 577 députés, on compte quand même 426 hommes. Et je ne vous parle pas du Sénat, mais comme je suis pour son abolition, je ne vais même pas le mentionner. La France dans son ensemble compte 37.3% de gens au-dessus de 50 ans. Où est la représentation de la génération qui arrive ? Est-ce qu'ils savent au moins que la plus grosse part de la population française (un peu plus de 15%) est formée de gens de moins de 15 ans ? Qu'il va falloir de l'investissement public, des infrastructures d'éducation, de santé, des services publics... et du boulot pour tous ces jeunes qui arrivent ?

Sans vouloir faire du jeunisme, ni me lancer dans un conflit générationnel, ça fait plus de 40 ans qu'on voit les mêmes guignols promouvoir du changement. Si encore il s'agissait de nouvelles têtes, mais non, toujours les mêmes, affaire après affaire, casserole après casserole, ils reviennent à la charge nous donner des leçons. Alors que clairement, vu ce qu'ils font du pays depuis 40 ans, le peuple français n'a strictement aucune leçon à recevoir de ces gens-là. Ils se contrefichent du pays, et ne sont clairement pas capables d'avoir une vision d'avenir de la France. Tout ce qu'ils font depuis qu'ils sont là c'est nous lancer des mots comme des coquilles vides pour promouvoir des réformes qui ne conviennent qu'à eux et aux intérêts de ceux qui les paient. Comment ces gens, en immense partie des cadres supérieurs, avocats d'affaires et magouilleurs professionnels, pourraient-ils avoir la moindre idée de ce que c'est que d'avoir moins de 35 ans et de galérer pour trouver du travail, faire des études, faire des projets ? A 48.9% de moins de 40 ans dans la population française, nous sommes représentés par 37 députés (dont une seule de moins de 30 ans, et c'est en plus celle qui a un problème de phobie des immigrés, bonjour la représentation), soit 6.4% des élus à l'Assemblée Nationale.

La population française est jeune. Evidemment que ça nous inquiète quand on nous rallonge encore l'âge de la retraite, mais pour le coup on est plus à une forme d'exploitation – d'esclavage moderne – près. Ce qui nous inquiète surtout c'est de savoir comment diable on va réussir à survivre d'ici là, dans la sinistrose ambiante. La rage contre le système qui ne veut pas de nous, parce qu'il n'a pas été fait par nous, et Pépère qui vient nous annoncer à la téloche (qu'on ne regarde plus, d'ailleurs) que si l'on continue les mesures d'austérité à ce rythme, on aura remboursé la dette en 2040. Merci pour nous, d'ici là on aura votre âge – j'espère juste qu'on sera pas aussi bornés sur des positions intenables impliquant des chiffres dont tout le monde se fout (de grâce, faites-moi la faveur de m'achever si je commence à vous tenir des discours sur l'importance de réduire notre dette publique à 3% ou autre ineptie). Déjà ils seront partis, ils nous auront laissé le pays dans un état lamentable, et ce sera à nous de tout reconstruire. Je propose qu'on s'y attèle maintenant.

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Faisons-leur une fleur : mettons-les à la retraite.

Les jeunes, bougez-vous, c'est votre heure. Clairement, leur vieux paradigmes disant qu'on serait des incapables à leur place montrent surtout que les incapables, ce sont eux. La caste, l'oligarchie, appelez comme vous voudrez ceux qui sont aux manettes. En attendant ils nous empêchent de vivre tous les jours par l'application politique de leur vision du monde qui a cessé d'évoluer dans les années 80. Et si nous aussi on s'y mettait ? On vit là autant qu'eux, non ? On est pas plus bêtes qu'une autre génération, si ? Jusqu'à quand on va les laisser nous pourrir l'univers ? La vie, c'est pas attendre que ça se passe : organisez vos manifestations, partagez sur les réseaux sociaux ce qui vous fait hurler, réfléchissez à des solutions. On a la chance de maîtriser un outil que les puissants ne maîtrisent pas aussi bien que nous : le web. Leurs lois de censure nous font rigoler avant même qu'elles aient été mises en place, parce qu'on a tous pris nos dispositions en amont. C'est cette plateforme de liberté d'expression la plus ultime, qui nous permet en plus de nous rendre compte qu'un événement Facebook peut faire tomber des régimes illégitimes, si suivis d'action de la jeunesse. Ca prend du temps, mais il arrivera bien un moment opportun pour qu'on casse la baraque. Alors je sais que ça paraît impossible de déloger ces têtes qui passent en rang d'oignons dans les médias depuis qu'on est nés, mais honnêtement, vu comme on est nombreux, et considérant que le temps leur est compté (plus rapidement qu'à nous en tout cas), si on s'y met tous, on les bat au bras de fer sans problème. Easy. L'Evolution de l'Humanité, c'est nous, pas eux. Tous dehors. Et ça s'applique aussi à l'autre qui fait son come-back. “Cassez-vous, pôv' cons”.

30 août 2014

Etiolement d'une énergie militante

Je retrouve enfin mon déversoir favori.

Combien de temps que je n'ai pas lu ? Ecrit ? Fatiguée, fatiguée de beaucoup de choses, mais la rage, encore et toujours, chevillée au cœur. Des projets, de grands projets, trop longtemps mis en sommeil. Ma vie mise à l'écart, et pour quoi ? Il n'est pas exclu que je me sois perdue en route, et je ne sais plus bien où est le chemin, alors, pas à pas, un pied devant l'autre. J'ai perdu, on a perdu l'horizon de vue.

Des rencontres, comme des coups fatals qui ont fait voler en éclat un bon paquet de certitudes. Celle, surtout, en juin, avec Podemos. Ce mouvement espagnol, issu du mouvement des Indignés, qui a fait 5 élus au Parlement Européen, qui vont siéger à Strasbourg en bus Eurolines, qui touchent un smic et reversent le reste de leurs indemnités de parlementaires à des associations citoyennes. Un parti du peuple, un truc inclusif, qui ne s'embarrasse pas de drapeaux, d'encartés. « Un mouvement dont la condition de la réussite est sa capacité à se déborder lui-même ».

Je rêve d'un mouvement citoyen. Que tout le monde se saisisse de la politique, pas de la politique partisane, mais la vraie, la vie de la polis, le vivre ensemble. On veut rien d'autre que vivre ensemble, tous, comme on est, avec assez pour ne pas être pris à la gorge tous les jours entre un boulot qui nous fait chier mais qu'on a peur de perdre et des contraintes que ledit boulot nous inflige. Celle d'aller bosser le dimanche sous peine qu'un autre prenne la place. Les experts qui savent tout mais surtout nous mettre dans la mouise nous traiter de fainéasses, d'assistés, de bons à rien. Comment on se dépêtre de tout ce bordel ? La question c'est pas d'être de droite ou de gauche. Ce vieux monde est mort de toutes façons. Qu'ils s'en aillent ! Y'a plus personne pour les écouter, les bien-pensants de l'arène politico-médiatique. Plus personne n'y croit. J'étais à République, tout à l'heure, au rassemblement pour la Sixième République. Je voyais les camarades avec leurs drapeaux du PG. Le Parti de Gauche. Mon parti, qui m'a apporté tant. Des rencontres inoubliables et des amitiés qui se sont nouées, en manif, autour d'un verre de rosé à chanter les chants de la Grande Révolution. Une émulation intellectuelle permanente. Mais c'est où, camarades, qu'on a perdu l'inspiration ? C'est à quel moment, qu'on a oublié, au milieu des parlementations, en relations unitaires, l'essentiel : la vie des gens, de tous autant qu'on est ? C'est quand, camarades, que ce système qu'on voulait bouffer nous a détruits ? On n'a pas compté nos heures, avec toutes les meilleures intentions du monde, persuadés d'agir pour le bien commun, pour l'intérêt général, pour ce Peuple qu'on invoque mais qui vit, sans nous, qui s'organise dans la vie de tous les jours, parce qu'il faut vivre au quotidien.

Quand est-ce qu'on a troqué le calendrier humain pour le calendrier militant ? Tout ce petit monde, des gens au cœur grand comme la mer, rassemblé pour une sixième république, mais qui ne sait pas poser les drapeaux, alors que la masse abhorre les drapeaux et tout ce qu'ils représentent ! Le Parti de Gauche. Nous nous sommes voulus parti creuset, inclusif, mais dans le nom, déjà, on exclut. On exclut tous ceux qui se pensent de droite, par tradition, par habitude. Ceux qui sont d'accord pour foutre en taule les banquiers, pour que l'eau soit un bien commun, pour qu'on puisse avoir des transports gratuits et des loyers qui nous bouffent pas la moitié de notre salaire, mais qui se pensent de droite. Mais tous ces gens-là, c'est aussi le peuple ! Les partis, ça fait fuir. Ca rappelle des décennies de promesses non tenues, d'espoirs déchus, ça renvoie à ce système qui nous fait tous gerber, qui nous mène une vie pas possible. On voulait être différents. Résultat : ce système politique qu'on rejette, on s'est jetés en plein dedans. A vouloir appeler ceux du système à nous rejoindre, à rester dans un monde de militants, qui mènent une vie assez confortable pour avoir le temps de militer. On a misé sur la faillite du système, sur le courage des autres qui le connaissent, les autres politiciens qui de temps en temps le condamnent : on les a appelés, à maintes reprises, ils n'ont pas répondu. Parce que, moins naïfs sans doute que nous, ils ont compris qu'ils pouvaient en tirer parti jusqu'au bout. Et entre-temps, on a perdu le Peuple.

Le Peuple se fout de la politique, parce que la politique se fout de lui.

Le système est vermoulu, ça tout le monde le sait, et chacun construit sans lui. Tiraillés entre ce que la société attend de nous et nos aspirations à vivre, tout simplement. A avoir chacun notre capacité à trouver le bonheur par nous-mêmes. C'est où qu'on a merdé, camarades ? Quand est-ce qu'on a arrêté de penser à tous, à quel moment on a quitté les gens pour se retrouver à changer le monde dans nos têtes ? Parce qu'on est assez confortables pour nous permettre de refaire le monde autour d'un verre ? En attendant, les gens, le peuple continue de vivre. Peu importent les manifs, les grands et beaux discours. On paye pas le loyer avec de la théorie.

Il est là, le souci, c'est qu'à force de vouloir blouser le système de l'intérieur, c'est lui qui nous a mangés tous crus. Et on se retrouve là, avec un gros malaise quand les gens qu'on approche pour leur parler de nos idées nous mettent dans le même sac que tous les autres. Des menteurs, des gens là pour tirer profit du système pendant que tout le monde se fait avoir. Parce qu'on croyait vraiment pouvoir changer le monde avec les vieilles méthodes. J'ai mal quand j'entends ça. Je fais pas de la politique pour ça, je le fais parce que c'est un devoir pour tout un chacun de s'occuper de la vie de sa cité. Parce que le système est tellement violent et hypocrite que tu veux le prendre à bras-le-corps, et tu crois que c'est en te formatant dans un système politique bien plus rôdé que toi que tu vas le détruire. Mais le système est toujours plus malin. Et puis y'a les gens, qui te renvoient une image dégueulasse, parce que pas mal de militants du vieux monde ne savent pas sortir des schémas de pensée qui leur ont été inculqués. Quand t'es jeune et militant, t'as toujours ce rapport quasiment générationnel à la révolution. Les vieux te disent comment il faut faire. Mais alors, si vous savez, pourquoi vous ne l'avez pas changé, le monde ?

Je veux plus de magouilles. Concrètement, je me fiche de savoir si on part aux sénatoriales avec les verts ou avec le PCF, ou avec Duchmol du collectif Bidon. Je veux que le Sénat, cette institution antidémocratique par excellence, dégage. Je rejette ce système et toutes ses méthodes éculées qui ont réussi à dégoûter tout le monde du sens du collectif, de la vie ensemble. J'emmerde les médias, de mèche avec le pouvoir pour nous assommer de conneries au quotidien. On s'en fout, d'eux, camarades ! Les médias, c'est nous, le système, c'est nous, nous tous !

Il faut qu'on se prenne en main. Revoir nos schémas, avoir l'audace de changer vraiment le monde. Trouver le courage de briser les vieux carcans de pensée dans lesquels on est plein à s'être faits enfermer, parce qu'on y croyait, vraiment ! Laisser libre-cours à la rage et à l'amour qui nous animent. On vit tous sur la même planète, et le temps nous y est compté, autant qu'on apprenne, ensemble, à vivre. On n'a rien à perdre, les amis, on a un monde à réinventer.

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31 mars 2014

Journée des Tuiles

Je navigue aujourd'hui entre liesse et gueule de bois. Pas à cause des quelques verres levés hier soir au formidable accomplissement de nos camarades à Grenoble, mais parce qu'entre les déchaînements pro-FN qu'on nous administre à la télé et qui ont pour moi l'effet d'un vomitif, et le remaniement ministériel qu'Hollande est en train d'infliger à la France, franchement, il y a de quoi sentir des hauts-le-coeur.

Mais il y a le verre à moitié plein, et même rempli. A ras bord. Les perroquets des médias ont pu l'oublier hier soir, mais la liste Grenoble, une Ville pour Tous, a triomphé. 40% pour notre liste EELV-PG conduite par Eric Piolle dans la cité rebelle de l'Isère. 13 points dans la figure de Jérôme Safar, le candidat PS malheureux qui avait choisi de se maintenir au second tour avec le soutien du Parti Communiste. Il semble loin, le temps où Pierre Laurent fustigeait la "terrible erreur du Parti de Gauche à Grenoble", qui avait choisi de s'allier avec ceux qui étaient d'accord pour promouvoir la gratuité des transports, la régie publique de l'eau, et une politique sociale pour la ville. Accusés de diviser la gauche, et de risquer la victoire de la droite au second tour parce que, en désaccord profond avec la politique du PS, le PG-EELV n'était pas particulièrement partant pour rejoindre la liste de Safar au second tour, le Parti de Gauche s'est entendu dire qu'il devait à tout prix rejoindre les socialistes. Manque de bol, nous étions en tête au premier tour. Et le candidat PS a refusé de rejoindre la liste. Bien mal lui en a pris. Aujourd'hui, Grenoble s'est réveillée habillée de rouge et de vert, après une soirée de liesse de la gauche pastèque qui a conquis la mairie pour défendre les citoyens grenoblois. En juin 1788, c'est à Grenoble que les prémisces de la Grande Révolution ont eu lieu. Aujourd'hui, c'est une autre journée des Tuiles pour le PS et leur politique de droite. Ils devraient regarder vers l'Isère un peu plus souvent et en tirer les leçons, au lieu de faire preuve de mépris et faire semblant de ne pas voir. En même temps, ça nous laisse faire notre chemin. Camarades grenoblois, la première étape est franchie.

Et pendant que les médias dominants, BFN en tête, ignoraient cordialement la bannière rouge et verte hissée sur l'hôtel de ville de Grenoble, ils étaient pourtant bien en peine pour trouver de quoi parler hier soir. La vague brune qu'on nous a promise n'a pas déferlé. Une dizaine de villes, c'est que dalle. Le Front de Gauche en a conquis 67 au premier tour, mais visiblement le rouge passe mal à la télé. La haine tirait une tronche jusque par terre. On la comprend : ses poulains ont perdu partout où ils se sont présentés. Pas de raison pour déployer les grands discours de "montée du FN" en boucle - même Pujadas n'y parvenait pas. Arrêtons donc cinq minutes de jouer les effarouchés. La peur n'a pas sa place quand le fascisme prend des villes. Les Héninois ont dû se réveiller avec une gueule de bois encore plus monumentale que la mienne lundi dernier, et c'est une gueule de bois qui va durer six ans. Six ans. En une semaine, les oligarques FN au pouvoir ont déjà montré qui ils étaient : le premier Conseil Municipal s'est tenu hier, alors que la police reconduisait dehors manu militari les membres du Conseil Municipal qui n'avaient pas de carte au FN. Non, leurs méthodes n'ont pas changé. Le FN est toujours, bel et bien, un parti de nazis, de xénophobes, d'ignorants, de dangereux incompétents et corrompus. Une semaine, et les masques sont déjà tombés (non qu'ils fussent particulièrement subtils auparavant...). Comptez sur nous pour allumer la lumière partout où ils chercheront à étendre l'ombre. Ils ne passeront pas. Jamais.

Ceci dit, pas besoin de l'étiquette FN pour retrouver des relents de fascisme au pouvoir : la nouvelle est tombée en fin d'après-midi. Nous avons un nouveau premier ministre, en la personne de Manuel Valls. C'est un signal fort vers la droite et la défense des intérêts de la classe dominante. Les Français sanctionnent durement le PS, qui, par sa politique pourrie, a réussi à mettre à bas le travail qu'avait accompli la gauche dans son ensemble depuis la Seconde Guerre Mondiale. Je résume : ça fait deux ans qu'on se tape une politique de droite, le gouvernement fait pire que sous Sarkozy. Ca fait deux ans que la colère monte de plus en plus, que le Peuple réclame plus de justice sociale, en lieu et place des cadeaux aux grands patrons du MEDEF. Deux ans qu'ils sont là, et la République tremble sur ses fondations. Le paysage politique est en train de se décomposer. Le peuple demande clairement l'exact inverse de ce que fait le gouvernement. Et François Hollande de lancer le message "je vous ai compris". "On va changer de politique". Résultat : il va nous faire la même, en encore pire. Du néolibéralisme, la xénophobie et l'autoritarisme en prime, avec Manuel Valls premier ministre.

L'absurdité de la situation n'a d'égale que l'énormité de l'erreur politique que vient de commettre Hollande. La Cinquième République vit ses derniers instants. Le paysage politique se décompose à une vitesse fulgurante. Les écologistes quittent le gouvernement. La stratégie du PCF, dont certains nous ont fait la leçon sans arrêt car nous refusions l'alliance avec le Parti Solférinien, a prouvé son inefficacité. Dans ce grand bordel, nous devons être clairs. Je suis fière d'être au PG : pas de magouilles, pas d'arrangements avec les élites politiciennes. Personne ne nous tient par la barbichette ni ne brandit d'épées de Damoclès au-dessus de nos têtes : nous sommes indépendants, et ce que nous avons gagné, nous ne le devons qu'à nous-mêmes, grâce au travail acharné de tous ceux qui construisent l'Opposition de Gauche et montrent un cap différent. La politique que nous faisons ne connaît pas la fatalité. Rien n'est jamais figé. Ce soir, nous avons assisté à un effondrement de plus dans l'édifice de la Cinquième République. Que tous ceux qui ne souhaitent pas mourir étouffés sous les décombres rompent les rangs et rejoignent les hordes de citoyens déterminés qui refusent de céder à la résignation. La main est tendue, les bras grands ouverts. Oui, une autre politique est possible - de toutes façons, on n'aura pas le choix. Vite, la Sixième République, la Révolution Citoyenne, pour le Peuple et pour la Patrie ! L'Histoire ne fait que commencer.

La bête acculée qui se meurt ne comprend que la force. Le 12 avril, à Paris, nous leur montrerons.

24 mars 2014

"En ces temps de tromperie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire"

Voilà des semaines qu'on nous prédisait le succès du FN, que les grands médias leur accordent, en plus d'un temps d'antenne disproportionné – la palme va quand même à BFMTV (ou devrait-on dire BFN ?) chez qui la haine totalise 43% du temps d'antenne à elle seule, et où le Front de Gauche n'en a pas, même un maigre pour cent.

Les résultats ont été savamment annoncés hier : on choisit des villes phares du FN , Hénin-beaumont, Fréjus, Avignon. Hénin-Beaumont surtout. Steve Briois élu à la majorité absolue au premier tour. Cette désagréable sensation d'être de retour sur mon canapé un soir d'avril 2002, quand j'ai cru me décomposer en voyant le visage du révisionniste, fasciste, raciste notoire s'afficher à l'écran. Et c'était parti pour le grand cirque : la Le Pen exultait, les chiens de garde frétillaient du derrière sur leur “grande victoire”, pendant que les journalistes venaient leur manger dans la main. Ce à quoi nous assistâmes hier à la télé tenait de la stratégie du choc : on ne parlait que du triomphe unilatéral du FN, comme si Hénin-Beaumont, Brignoles, Fréjus, Forbach et Avignon, dont on sait pourtant depuis un moment qu'elles sont des bastions de fachos et de néonazis, représentaient la France dans son ensemble. C'est, au fond, peu différent de d'habitude : on parle du FN pour cacher la déchéance de la Cinquième République et des partis de gouvernement, qui sauterait aux yeux sinon.

Le FN présent au second tour dans 2.3% des villes. Quelle victoire éclatante, franchement !

Et hier, nous attendions des résultats sur ce dont nous, l'opposition de gauche, étions capables. Peine perdue : il fallait être un oeil averti pour bien saisir où nous étions, balayés du paysage politique par des médias fascinés par la peste brune. Les résultats défilaient à la télé, le Front de Gauche était soit occulté, soit présenté sous diverses étiquettes (“divers gauche”, “union de la gauche”, “front de gauche”, “PG”, “PC”... Merci au passage à toutes les préfectures qui nous ont nié notre identité politique) pour détruire tout potentiel de lisibilité quant à notre score global.

Les médias n'en parlent pas mais le tableau est loin d'être déshonorant pour nous. C'est même plutôt le contraire, objectivement. Nous sommes la seule force de gauche qui a progressé. Nous faisons des scores à deux chiffres dans plein de villes. C'est bien. Ca n'est pas assez, non, surtout face à la fachosphère qui a le soutien des médias, on serait tentés d'avoir la main qui tremble. Mais je dis à mes camarades, dont les yeux étaient pleins de déception et d'angoisse hier, la réalité n'est pas celle qu'on nous vend.

Les catastrophes dans certains endroits, oui, il y en a eu, dans l'Est, dans le Nord, dans les zones où l'on a abandonné les gens à la misère et à la désillusion. Mais voyez, les amis, le tableau global. Voyez Grenoble, où malgré les sondages, nous sommes arrivés en tête, devant tous les autres, et bien placés pour gagner. Voyez Vesoul, Poitiers, Alès, Nîmes, Lorient, Dieppe, Cholet, Niort, Villefranche-sur-Saône, Istres, Montauban, Bourges, Saint-Dizier, Cambrai, Rennes, Avignon, Lanester, Châteauroux, Montpellier, Avignon, Guéret, Tarbes, Albi, Vierzon, Grandville, Cherbourg, les Lilas, Juvisy, Guéret, le Lud, Le Havre, Limoges, Foix, Tarbes, Epernay, Lyon (où nous réalisons 33 dans le premier secteur), Villeurbanne, Varennes-Vauzelle, Ivry sur Seine, et même Etain...

Je continue la liste, ou vous aurez saisi l'idée ? On réalise des scores à deux chiffres (et au-delà du 14%). A certains endroits on a même la majorité absolue, et c'est curieux, personne n'en parle.

Je pense qu'à un moment donné il va falloir s'arrêter avec cette fascination morbide pour le Front National. Moi aussi j'aime l'Histoire mais j'ai moyennement envie d'en ressortir les rats puants des poubelles pour les mettre dans mon salon, non merci.

Vous vous souvenez, camarades, quand on s'était dit que ce ne serait pas une promenade de santé ni une partie de rigolade, tout ça. On avait même convenu qu'il n'y avait rien à attendre de ces gens-là, des gens du système. Que le rapport de forces est en notre défaveur, parce que le système préfèrera toujours le FN, le grand ami des puissants, à nous, qui défendons tout le monde et par conséquent prônons une remise à plat générale des institutions et des logiques politiques qui nous gouvernent.

Partout où l'autonomie a fait loi, où la cohérence politique de non-alliance avec des gens qui soutiennent les politiques pratiquées par le gouvernement, partout ou presque où l'on a tenu la barricade avec cohérence et honnêteté, le Peuple a su.

Nous saurons montrer notre force, indépendants de leurs magouilles et de leurs trucages. Le résultat d'hier a montré que la seule manière d'obtenir l'assentiment de tous est de se positionner clairement contre l'austérité, et contre ce gouvernement qui pratique, on ne le répètera jamais assez, une politique de droite. Hauts les coeurs. On marche à nouveau le 12 avril, et on lâche toujours rien. Ensemble jusqu'à la Sixième République, ensemble jusqu'au partage des richesses, ensemble jusqu'au non-paiement de la dette illégitime.

 

 

 

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20 février 2014

Ceci est un appel à l'insurrection.

 

Toi aussi, tu en as marre de cette politique pourrie qu'on nous inflige ?

Toi aussi tu en as marre que le gouvernement se revendique de la gauche alors qu'ils font pire que Sarkozy ?

Toi aussi tu aimerais qu'on sorte de cette crise par le haut sans avoir à sacrifier trois générations sur l'autel d'une dette imaginaire ?

 

Alors viens démontrer qu'on est nombreux à vouloir une autre politique, un autre gouvernement,

Une autre République.

Viens leur montrer qu'on est capable de renverser la table et de faire autrement.

Et que les hordes de bras tendus se noient dans les marées citoyennes conscientisées.

 

Enfant de la Patrie, viens marcher avec nous le 12 avril.

-> L'événement Facebook par-ici.

Logo Marianne

 

 

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04 février 2014

A Londres non plus, on lâche rien !

Dans le grand bazar ambiant, qui a entendu parler des élections consulaires ? Personne ou presque. C'est nouveau, ça vient de sortir.

Fruit d'une loi pondue par le PS sur la représentation des Français hors de France le 22 juillet dernier, ces élections auront lieu le 25 mai prochain dans tous les consulats du monde, pour élire des conseillers consulaires qui voteront aux sénatoriales et tiendront des permanences pour aider et conseiller les ressortissants français de leur pays d'accueil. Ces conseillers consulaires seront autant de grands électeurs pour les élections sénatoriales de septembre 2014. Cette nouvelle configuration est censée favoriser la démocratie de proximité des Français vivant à l'étranger (sauf qu'en ne donnant strictement aucun pouvoir décisionnel à ces conseillers consulaires, le rôle est quand même sévèrement restreint mais enfin). Pour résumer, c'est un peu notre ersatz de municipales à nous, les "expatriés".

Nos feuillets de doléances.

Comme on peut toujours compter sur le PS pour tenter d'empêcher les partis qui ne sont pas des mastodontes de la Vème République de se présenter, les conditions pour présenter une liste sont extraordinairement sévères pour des élections aussi peu cruciales (puisque pas vraiment de pouvoir si ce n'est celui de faire des rapports pour la poubelle d'un chef de poste consulaire). Le nombre de candidats sur la liste doit correspondre au nombre de postes à pourvoir (comme si un parti allait faire 100% des voix...), doivent être composées d'autant de femmes que d'hommes, et il est exigé que la déclaration de candidature soit signée par tous les candidats... Ca n'a pas l'air bien méchant comme ça, mais je vous donne un exemple concret. A Londres, il y a 20 postes à pourvoir. On ajoute ensuite 5 candidats suppléants, ça fait une liste de 25 personnes à trouver. Outre le fait qu'il est clairement difficile pour un parti qui ne compte pas 300 militants dans la capitale du Kapital de se présenter, le facteur géographique n'aide pas : une circonscription, c'est grand. Quand vous votez aux municipales, vous votez dans votre ville, ou village. Quand on élit à Londres des conseillers consulaires, la circonscription "Londres" regroupe en réalité toute l'Angleterre et le Pays de Galles. Allez donc faire de la démocratie de proximité sur un terrain aussi vaste.

Vous me direz, si le PS n'avait pas pris la fâcheuse habitude de fermer des consulats de proximité (comme à Liège), les choses seraient différentes. Mais il va falloir nous expliquer comment on renforce la démocratie de proximité en enlevant tout pouvoir décisionnel aux élus du peuple d'une part, et en fermant des centres de démocratie de proximité, justement, d'autre part. Bref, comme d'habitude, c'est de l'enfumage PS caractérisé - ce même PS qui réduit les bourses scolaires aux enfants de ses ressortissants et ferme des lycées français - mais le résultat est là : présenter une liste, ça va pas être une partie de plaisir. Et quand je pense à tous ces candidats qu'il va falloir aller voir dans leurs villes respectives pour leur faire signer la déclaration de candidature, en payant nos billets de train plein pot (j'ai précisé que cette loi ne prévoit pas le remboursement des frais de campagne, ce qui implique que de petits partis sans beaucoup d'argent se retrouvent dans la mouise ? Non ? Ben je le dis maintenant alors), j'ai un peu comme qui dirait la nausée qui monte à la moutarde au nez. Ou quelque chose du genre.

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En plus de ça, le décret d'application de la loi n'étant toujours pas paru - on attend toujours que le Conseil d'Etat le publie, qu'ils ne se pressent surtout pas, c'est dans moins de 4 mois  mais ça n'est pas grave ! - on est encore dans le flou.

Mais s'ils croyaient que ce genre de difficultés allair nous arrêter, ils se sont mis le doigt dans l'oeil gauche jusqu'à l'omoplate, car c'était sans compter la pugnacité de nos candidats. On va quand même pas lâcher aussi facilement. Oui, nous avons notre liste. La règle du jeu est pourrie, mais ça n'est pas pour ça qu'on va leur laisser la main. Toute victoire politique est un pas de plus vers la Révolution Citoyenne :)

Ils disent "démocratie de proximité" ? Nous les avons pris au mot : c'est aux citoyens de s'exprimer et aux élus d'exécuter, pas à trois bureaucrates de décider pour le peuple autour d'une table. C'est notre approche de la politique et de la démocratie : on ne décide pas de ce que veulent les gens sans leur demander leur avis. Donc, samedi dernier, à Londres, nous (le PG Londres) sommes allés à la rencontre des Français de Londres. Nous avons lancé notre campagne dans la joie et la bonne humeur, avec le soleil pour allié, qui réchauffait nos doigts rougis par le vent mordant, au Broadway Market à London Fields. Les étals sur lesquels s'empilaient saucissons, fromages et pains au levain témoignaient bien d'une forte présence française, même pour Londres, première ville de France à l'étranger (300 à 400 0000 citoyens français y vivent), et pour cause ! 

Nous avons dû placer la table juste derrière la barrière du marché - le chefaillon local n'ayant pas mis 3 minutes à nous tomber dessus parce que "la rue lui appartenait" (texto) et que selon une loi locale on n'avait pas le droit de distribuer des tracts dans "sa" rue. L'homme était passablement désagréable mais comme nous n'avions pas très envie d'inaugurer notre campagne par une arrestation, on s'est dit qu'on allait laisser le petit chef dans "son" marché et que nous nous mettrions juste à l'entrée, en-dehors des limites qu'il nous avait indiquées entre deux mâchouillements de chewing-gum (bouche ouverte, il paraît que c'est un moyen d'asseoir son autorité. Moi je trouve juste que ça donne l'air d'un ruminant, mais c'est tout subjectif).

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Il est bien sûr très différent d'aller tracter à l'étranger, surtout dans un pays dont la langue officielle n'est pas la vôtre, et où il faut donc user de techniques perfectionnées (ou pas) pour reconnaître à qui vous voulez vous adresser. Bah oui, vous n'allez pas demander à un Anglais ce qu'il  faudrait changer au consulat de France. Notre cible donc : la communauté française. Outre le style vestimentaire qui donne beaucoup d'indications sur la nationalité - les Français ont tendance à être beaucoup plus sobres que les Anglais - mais qui reste un critère faillible, il n'y a en fait d'autre moyen que de s'adresser directement aux gens. Chanter "bonjour" d'une voix fleurie, repérer celle ou celui qui tourne la tête, établir un contact visuel et demander "vous êtes français(e) ?" ou carrément "ça va ?" (parce que oui, ça nous intéresse, de savoir comment vont les gens !), et entre-temps s'approcher, tracts à la main, pour leur donner de la lecture - et des devoirs : "envoyez-nous vos doléances" ! Oui, parce que ces tous beaux tracts que nous avons inaugurés ce week end ne sont pas des tracts "normaux". Ce sont des feuillets de doléances. Je vous ai dit qu'on les avait pris au mot en ce qui concerne la démocratie de proximité ! Quand les blablateries du PS sur la démocratie n'ont aucune vocation autre qu'électoraliste, nous, nous estimons que c'est ce que les gens pensent, proposent, décident qui compte. Il n'est donc pas question d'aller faire avaler à des citoyens des propositions décidées par trois gogos en costume de pingu avec cravate (ce que nous ne sommes pas, d'ailleurs), mais de leur demander de formuler tous les griefs, revendications, commentaires, demandes, propositions, qui pourraient améliorer leur quotidien d'expatriés, pour, si nous sommes élus, porter ces questions, légitimes parce qu'émanant du peuple. Nous sommes dans une dynamique de Révolution Citoyenne, visant à modifier la façon de faire de la politique. Nous ne pensons pas qu'elle est réservée aux politiciens, au contraire : elle doit redevenir l'affaire de tous si l'on veut changer quoi que ce soit à la façon dont le système fonctionne. Il faut donc encourager toute une classe de citoyens qui en ont marre que les politicards aux sombres desseins ne respectent pas leur parole souveraine à reprendre le contrôle sur tout ça, au lieu de se plaindre que ça ne marche pas. La raison même pour laquelle ça ne fonctionne pas, c'est que les clés du pouvoir sont entre les mains de gens complètement déconnectés de la réalité : aidez-nous à les ramener sur terre en vous engageant, peu importe le bord politique. C'est d'intelligence citoyenne que nous avons besoin, pas d'expertise de technocrates.

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Je reviens à mes mutins : figurez-vous que quand vous demandez aux gens, eh bien il y a du répondant. Un soupçon d'incrédulité, parfois, après tant d'années à se faire rouler dans la farine par un parti après l'autre, de l'étonnement - "comment, vous voulez mon avis ? Comme c'est étrange !" - aussi, mais beaucoup de bienveillance, quel que soit le bord politique. Il faut bien dire que la communauté française à Londres (bien que pas particulièrement de gauche, ne nous leurrons pas) ne penche pas vraiment en faveur des partis inégalitaires d'extrême-droite, ce qui facilite la tâche et évite d'avoir affaire à des racistes bornés, tout le monde ayant bien compris ici, de par sa condition d'expat', qu'on est tous l'immigré de quelqu'un. Nous avons eu des débats profonds, philosophiques, avec des gens confortablement de droite, et pas une seule parole n'a été prononcée plus haut que l'autre. Non, nous ne sommes pas d'accord, mais ça n'est pas une raison pour se taper dessus, au contraire - convaincre avec des arguments logiques, remettre en question et s'accorder sur une idée de ce que serait l'intérêt général, voilà ce qui fait la démocratie. Cela étant, il est étrange de constater que les retours dans le monde réel diffèrent bien de ceux que nous pouvons avoir dans la presse. Beaucoup de citoyens sont sensibles aux thématiques que nous défendons, de la lutte contre le Grand Marché Transatlantique à l'idée de lancement de la planification écologique. Tous éprouvent un dégoût intense et une profonde déception à l'égard de la politique menée par le gouvernementa actuel. J'imagine que c'est le résultat des élections qui nous donnera une perception plus juste de la situation.

De London Fields, nous nous sommes transposés à South Kensington en milieu de journée. Postés devant l'institut français tels des gardes républicains (mais en moins roides !), nous avons changé de décor, et même si de prime abord la sociologie du quartier est légèrement différente de celle de London Fields les échanges restèrent du même acabit. 

Au final, ce qui est important, c'est d'être présent. On n'est pas candidat à être élu de la République, fût-ce élu de troisième classe dans un consulat à l'autre bout du monde, si l'on n'est pas prêt à faire vivre cet échange avec ses concitoyens et à porter leurs idées au front. Non, cette nouvelle loi sur la représentation des Français hors de France ne nous plaît pas. Oui, elle enlève aux élus locaux tout pouvoir de décision. Oui, on voudrait la changer, comme on voudrait changer de République. Mais comment on fait, pour changer le système, sans mettre en application les principes qu'on voudrait voir triompher partout où on le peut d'abord ? Le jeu est pourri, n'empêche que si on gagne la partie, on obtiendra plus d'armes pour pouvoir changer les règles, et faire en sorte que cette fois-ci, elles soient décidées par tous les citoyens qui auront décidé de nous rejoindre. Toute victoire, même minuscule, est bonne à prendre, car elle est l'occasion de mettre en application le seul principe qui vaille, et que nous faisons nôtre : seul le peuple est habilité à décider. Et par la force de l'exemplarité, parce que nous avons vocation à l'appliquer partout où nous pouvons, vous verrez que c'est lui qui finira par triompher.

A Londres, comme partout ailleurs : place au Peuple !

16 janvier 2014

Droit dans le mur !

Pouvons-nous nous dire surpris ? Non. Il n'avait échappé qu'aux moins attentifs d'entre-nous que les estafades de Hollande contre la finance pendant la campagne présidentielle n'avaient vertu qu'à ramener au sein du troupeau les gens de gauche qui hésitaient entre voter à gauche et laisser la peur du FN dicter le chemin à leurs bulletins de vote.

Cependant, même s'il était clair, à la lecture du programme, qu'on n'allait pas assister à un grand moment de Socialisme avec Hollande, ils ont quand même réussi à décevoir ceux qui n'attendaient rien de lui. François le Petit, plus petit encore que le petit Nicolas. 

La surprise, donc, pour cette conférence de presse, n'était pas au rendez-vous. C'eût été sympa, pourtant, d'entendre qu'on allait mettre des sous dans l'éducation/la santé/les transports/les énergies vertes, donner du boulot à tous et envoyer la Commission Européenne se faire voir chez les Grecs (et se faire recevoir comme il se doit par eux). Mais non, il a déjà fallu se fader les problèmes de couple de François Hollande dont tout le monde se contrefiche, avant d'arriver au noyau de l'affaire.

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On commence bien, avec l'excuse ultime : “nous avions sous-estimé l'ampleur de la crise”. Avec le nombre d'années d'études que la République vous a payées, votre statut d'experts comptables professionnels, vous aviez sous-estimé la crise les amis ? Une crise commencée en 2008, vous l'avez sous-estimée pendant votre campagne de 2012 ? Mais dans quel monde vivez-vous ? Marrant, les gens qui vivent au quotidien la réalité de cette crise avaient bien commencé à en piger l'ampleur pourtant. A moins, évidemment, que tout ceci ne fût un prétexte pour nous leurrer. Un gros choc économique qui nous laisse tous hébétés, paralysés devant l'ampleur de la catastrophe. Des gouvernements qui partout en Europe appliquent des politiques de restriction budgétaire, de baisse des salaires, pour renflouer les banques et “sauver l'économie”. Au final, ces mesures “radicales” prises pour résoudre la crise montrent qu'elles ne font que l'aggraver de manière exponentielle. Tous les économistes qui annoncent que c'est de la folie de pratiquer l'austérité budgétaire ainsi, que l'Europe a atteint un record de pauvreté – aujourd'hui au même niveau que pendant la Seconde Guerre Mondiale. Et pourtant, l'oligarchie continue de préconiser les saignées à répétition. Pendant ce temps-là, il n'y a jamais eu autant d'argent dans la bulle financière, et jamais aussi peu de répartition de l'augmentation extraordinaire de la richesse en circulation. Etait-ce sous-estimer la crise, ou était-ce tirer parti d'un état de choc des peuples, sur le continent entier, pour faire passer baisse des salaires, réduction des libertés individuelles, états policiers et les pleins pouvoirs à la finance ?

Non, François Hollande n'avait pas “sous-estimé” la crise. Il avait très bien compris, au contraire, qu'elle était la meilleure des excuses à faire passer des lois anti-sociales, contre-productives, qui rendraient le quotidien des gens lambdas, vous, moi, le voisin, pire encore. Parce que ce mec roule pour la finance depuis le début. Et ceux qui n'avaient pas bien écouté les leçons de ces deux dernières années ni les signaux d'alerte pourtant nombreux, se sont pris un coup de massue sur le crâne.

Les autres avons poussé un énième soupir excédé devant le désastre qu'ils sont en train d'orchestrer, et l'envie de dire à tous les gros naïfs que “j'aime pas avoir raison, mais c'est pas comme si vous n'étiez pas prévenus”.

Pas de surprise, ça non, mais ça n'est pas une raison pour ne pas s'indigner. Le message était, hier, lors de ce cinéma devant la presse, assez clair j'espère pour que tout le monde comprenne bien que la politique menée par le PS = la politique menée par l'UMP.

Le mythe du PS de gauche : ça SUFFIT ! Ils mènent une politique de droite. Même Copé avait du mal à trouver de quoi critiquer : mais comme il fallait bien jouer la comédie pour faire durer le spectacle, il a trouvé à redire que “dire c'est une chose, faire c'en est une autre, on attend de voir s'il va vraiment faire cette politique” (c'est plié, coco, bientôt tu feras ta grande coalition avec le PS et l'UMP, car vous êtes tous d'accord !).

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La mesure phare c'est évidemment cette annonce de la suppression des cotisations familiales, payées entièrement par les entreprises. Hop, on enlève. Après tout, qui a besoin de gosses à soigner, si on était vraiment tous de bonne volonté on bosserait jusqu'à 80 ans pour que l'Etat puisse refiler les sous de la production aux marchés financiers, et surtout on n'aurait pas de famille – c'est pas bon pour la productivité !
Mais attends... La suppression des cotisations familiales, c'est... 30 milliards d'euros c'est ça ? 30 milliards d'euros qui manqueront ? Etrange, je pensais moi, dans ma naïveté, qu'il fallait faire rentrer de l'argent, pas en faire cadeau à d'autres ! Donc ça veut dire... qu'on réduit les dépenses, mais que quand même y'a des sous dont l'Etat n'a pas besoin ? La logique de la chose échappe à mon angélisme... Ah, quoi, les 30 milliards on va les trouver autre part ? Et où s'il vous plaît ? Ah oui, dans ce qui reste de services publics !

Et d'ailleurs, pourquoi donc on refile aux entreprises 30 milliards, là ? N'ont-elles pas déjà eu un cadeau de 20 milliards d'euros récemment, qui consistait en des allègements de “charges” ? C'était quand, en décembre ? Ah, oui, je me souviens, ces 20 milliards de cadeaux aux GRANDES entreprises, on les paye avec l'augmentation de la T.V.A.

(J'entends dans l'oreillette que les 500 personnes les plus riches en France se sont enrichies de 25% en 2013. Sans déconner ! A part ça tout va bien.)

Et donc, on donne 30 milliards aux entreprises, soit. Mais dans ce monde où tout peut s'acheter (qu'ils croient...) on se doute bien que ça ne sera pas sans contrepartie. Et on peut imaginer que vu la masse de billets, la contrepartie sera assez gigantesque. Je sais pas, moi, Mittal rouvre toutes les usines, les Fralib sont enfin traitées avec justice, Goodyear et PSA arrêtent de se conduire comme de gros capitalistes odieux et on augmente les salaires de tout le monde... A un prix pareil, on veut une sacrée contrepartie, quoi ! Hein, “des promesses d'embauche”, vous dites ? Combien ? Comment ? Dans quelle branche ? Ah on sait pas. Bon ben comme d'habitude, les promesses n'engagent que ceux qui les croient.

Vous aurez compris où je veux en venir.

Ca ne va pas s'arrêter. Ils vont tout sucer jusqu'à la moelle. Ne croyez pas aux bobards à répétition qui vous affirment que ce coup-ci, c'est “le dernier tour de vis”. C'est faux. Car ils savent tous très bien que ça n'est pas en réduisant la dépense publique que l'on sort de la crise. La crise, ça n'est pas la cause de nos malheurs, c'est le prétexte à nous les infliger.

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J'avoue, je m'esclaffai quand François Hollande annonça fièrement qu'il s'auto-décernait le labem “social-démocrate”. Ca fait impression, dites-donc. Social-démocrate, ça rappelle la Scandinavie, les congés maternité de longue durée, la sécurité sociale égalitaire, un système éducatif gratuit pour tous, le bon sens commun européen. Sauf que non, celui qui est à la tête d'un pays pour détruire tout ce qui fait l'Etat social n'a rien à voir avec ça. Déjà c'est pas compliqué, dans sa politique il n'y a pas de social, et on peut se poser la question de savoir où est la démocratie. Outre le jeu de mots facile, comme l'a justement fait remarquer un camarade sur Twitter : visiblement, beaucoup de gens n'ont pas compris ce qu'était la social-démocratie. La social-démocratie est beaucoup plus à gauche que Hollande. Je vous encourage d'ailleurs à aller jeter un oeil à son article sur la question.

Et le mot croissance qui lui revient à la bouche comme s'il suffisait de l'invoquer, incapables qu'ils sont tous d'envisager un monde où la croissance n'est pas une fin en soi. Regardez-les, courir après la croissance infinie dans un monde aux ressources finies. Ce serait touchant, tant de naïveté, si le futur de l'Humanité n'était pas en jeu... Il devient urgent de mettre en place un système de juste répartition de la richesse et respectueux de l'environnement.

En résumé : quand on croit que le gouvernement a touché le fond, ils sortent encore des pelles pour creuser.

Et on va marcher à Paris le 8 février.

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13 janvier 2014

"Ama la Vida"

Comme il suffit d'entendre parler d'absurdités à longueur de temps, je reviens vers vous avec un post un peu plus positif et qui je l'espère redonnera un peu de confiance à ceux que le désespoir gagne*.

Bref, pour sortir un peu de cette confusion ambiante où l'on tourne tous les micros vers un histrion et que l'on braque les caméras sur les histoires de fesses du Président de la République, et pour parler de manière un peu constructive (parce que bon, c'est pas qu'on s'en fout, des deux thèmes de prédilection des vendeurs de papier, mais quand même un peu...), je vais (encore) vous parler de l'Equateur. Pas pour rien, mais parce qu'il est un excellent exemple de ce qu'un pays, aussi petit soit-il, peut faire pour améliorer les conditions de vie de tous les citoyens (et pas seulement des banquiers – suivez mon regard jusqu'à Bruxelles), en appliquant une politique de gauche, avec des méthodes de gauche, et avec succès. Et puis parce qu'apportant à mon niveau mon soutien et mon aide à la Révolution Citoyenne, je vois un peu mieux comment fonctionne ce pays par rapport aux autres Etats progressistes latino-américains.

Je me débarrasse tout de suite de l'argument qui consiste à chouiner qu'on est pas le même pays et que ce qui se passe là-bas ne marchera jamais ici – au XVIIIème siècle aussi les je-sais-tout de service riaient à la figure de ceux qui prenaient Genève pour modèle et proposaient une France républicaine. Ils n'ont pas ri bien longtemps. Il ne s'agit pas en France d'appliquer à la lettre les lois et la constitution écrites et votées par le peuple équatorien, mais de montrer que certains grands principes, d'égalité et de partage, de changement de nos modes de production et de consommation, de révolution démocratique, sont tout à fait à notre portée, et que NON, personne n'est condamné aux coupes budgétaires ni à suivre les ordres de la finance internationale. “Cela semble toujours impossible, jusqu'à ce qu'on le fasse”, disait Nelson Mandela, quand les conservateurs et l'extrême-droite le traitaient de terroriste et soutenaient la peine de mort contre lui. Bingo. De ce que je vois et qu'on me raconte de l'Equateur from the inside, eux non plus n'y croyaient pas avant de porter la Révolution Citoyenne au pouvoir. Et pourtant.

Oui, c'est difficile à concevoir, vu d'ici, vu l'ambiance, mais il y a des endroits sur la planète où tout ne va pas de mal en pis, où les citoyens s'approprient la politique et mènent la danse, sans une goutte de sang ni un seul prisonnier politique, sans censure médiatique ni milices armées. Bien sûr, le chemin est long, et tout n'est pas parfait. Mais l'amélioration des conditions de vie de la grande majorité – en témoignent les 80% de taux de satisfaction sur l'action du gouvernement – est assez fulgurante pour qu'on n'ait pas envie d'y piocher quelques idées.

Suis-je en train de dire qu'un pays qui n'a ni le prestige ni le poids à l'international qu'a la France a réussi à se défaire du néolibéralisme triomphant ? Que le combat politique de tous les instants mené par le gouvernement paye ? Et les gens en sont contents ? Oui, tout à fait.

Déjà, la vision globale du projet pour lequel l'Equateur a voté en 2006 s'inscrit dans une compréhension du monde à des centaines de lieues de ce que nos dirigeants ont en tête ici. Rafael Correa a été élu pour appliquer un programme de “Révolution Citoyenne”. C'était écrit noir sur blanc, et les promesses ont été (sont) tenues. Sans rentrer dans le détail du concept de la Revolución Ciudadana, qui mériterait d'être décliné un peu plus en Europe, en voici les grandes lignes théoriques : le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. Voilà, la Révolution Citoyenne applique le principe démocratique à la lettre. Le premier grand chantier, pour ce pays dont l'Empire américain a littéralement abusé – comme dans beaucoup de pays latino-américains d'ailleurs, mais ça n'est pas le sujet – ce fut en effet de rendre aux citoyens le pouvoir que leur confère leur condition d'êtres humains vivant en société. Enfin, “rendre” n'est sans doute pas le mot, puisque le pouvoir du peuple n'est octroyé par personne, c'est le peuple qui le prend. Disons soutenir les décisions du peuple équatorien et s'assurer de la garantie de sa souveraineté. Après tout, il n'est d'autre objectif pour un gouvernement que celui de garantir la souveraineté et la sécurité (au sens large – ce qui inclut la défense contre les agressions de la finance internationale – suivez encore une fois mon regard jusqu'à Bruxelles) de ses citoyens.

Et ce processus passe par (devinez...) la rédaction par le peuple d'une nouvelle constitution. Bah oui, quand le système politique d'un pays est pourri jusqu'au trognon, à quoi bon mettre des pansements pour endiguer la gangrène ? Autant y aller à fond et tout refaire ! Et quoi de mieux que de mettre à contribution tout le pays pour débattre et écrire ensemble une constitution véritablement démocratique (puisqu'écrite par le peuple avec pour but l'intérêt général) ?

Donner à tout le monde la parole, la même voix, les mêmes opportunités d'expression – oui, oui, rassurez-vous, même les riches ont le droit de participer, mais comme ils sont en minorité (comme ici), vous pensez bien que la nouvelle constitution n'est pas très free-market-friendly, n'est-ce pas. Bref, pendant deux ans, le pays s'est attelé à rédiger une constitution (sous la forme d'une assemblée constituante formée de gens qui n'étaient pas des politiciens professionnels), à en débattre dans des assemblées citoyennes de villages, et quand elle fut prête, le projet fut soumis à référendum, et approuvé. Et pas approuvé à 1% d'écart, mais à 65% des votants.

Et puis il faut voir l'audace du contenu : politique du Buen Vivir, avec accès pour tous à l'éducation et à la santé, déclaration des droits de la Nature au même titre que les droits de l'Homme, proclamation d'une vision socialiste (pas au sens que donne le PS au Socialisme, hein, nous sommes bien d'accord) assumée, avec les nationalisations des entreprises qui n'étaient que des mécanismes de drainage des ressources par les grosses corporations américaines.

(Psst ! On arrive bientôt au deuxième anniversaire de l'élection de François Hollande. Si on avait élu l'Humain d'Abord, on arriverait grosso modo à la fin du boulot sur la nouvelle constitution. Je dis ça, je dis rien...).

Appliquant la politique décidée par les citoyens (et non en leur collant un entonoir dans la bouche de force pour leur faire avaler des salades de coupes budgétaires et de TVA en hause pour le plaisir des banquiers), le gouvernement a donc mis un bon coup de balai dans le mic-mac néolibéral, où la loi devait se coucher devant l'intérêt financier et où plus personne ne maîtrisait rien tellement c'était le règne du libre-marché. Où la libéralisation de l'éducation avait donné lieu à pléthore d'universités fantômes, créées par de riches vautours pour s'octroyer des diplômes à eux-mêmes. L'Equateur, le tout petit Equateur, est revenu de loin, a renvoyé, très gentiment, mais très fermement (parce que les décisions prises par un peuple ne sont PAS négociables) la finance dans ses cordes en envoyant val(l)ser la dette – enfin, surtout les taux d'intérêts. Si, si, les taux d'intérêts, ce truc qui nous bouffe, ici la plus grosse part de notre budget annuel, ces taux d'intérêt qui dépendent de comment trois guignols dans un bureau à Wall Street décident de “noter” la solvabilité des pays, et qui changent tous les ans au bon vouloir des seigneurs de la finance. Ce machin, dont on nous dit que c'est "super-méga-crucial-qu'il-faut-qu'on-rembourse", ben en fait il suffit juste d'envoyer paître les profiteurs et ils se couchent :)

Légère digression, mais bref, le gouvernement a envoyé la finance se faire voir, permettant ainsi à l'Etat (= tout le monde) de vraiment décider là où les fonds étaient nécessaires, m'voyez. Et comme le peuple a décidé que là où il y avait besoin, c'était la santé, l'éducation, la recherche, et les infrastructures collectives, ben c'est là que tout ce pognon est allé. Et les résultats sont assez édifiants – et maintenant ce sont les banquiers qui viennent leur lécher les bottes tellement le pays va bien. L'instauration d'un système d'éducation complètement gratuit (y compris pour l'université), la réduction du taux de chômage à 4.8% (le plus bas de toute l'histoire du pays) par l'investissement public, la multiplication des emplois à plein temps et en “CDI”, des salaires assez hauts pour permettre à ceux qui touchent le salaire minimum de couvrir 99% des dépenses de base (on en était à 45% en l'an 2000), la réduction drastique de la pauvreté, les investissements massifs dans la culture, la recherche et la santé, une quasi autonomie énergétique et agricole et un grand plan pour passer à des sources d'énergies renouvelables tout ça, c'est FAISABLE. Cela ne relève en rien de l'utopie, c'est déjà réalisé.

Moralité : quand tu laisses le peuple décider en faisant ton boulot de chef d'Etat (c'est-à-dire en défendant ce que le peuple décide), ça marche plutôt bien.

Les gros ramollos qui croient qu'en faisant la politique de la jelly sans changer de perspective, en mettant les intérêts de quelques-uns avant la souveraineté du peuple, feraient bien d'en prendre de la graine.

C'est sûr, ça implique de tout foutre en l'air. La Cinquième République qui est décidément trop rouillée pour fonctionner beaucoup plus longtemps, l'absurdité sans nom des coupes budgétaires (tout ça pour rembourser une somme qu'on ne paiera jamais et qui continue d'augmenter malgré l'austérité, laissez-moi ricaner doucement), le système des traités européens qui n'ont aucune légitimité puisqu'on ne nous a pas demandé notre avis (ou qu'on ne l'a pas respecté...), et la course à la consommation de masse comme seul but de l'existence.

Oui en effet ça implique de retrouver confiance et de se bouger un peu les fesses. Oui, ça représente un risque. C'est pas facile quand on nous a tellement abusé qu'on n'y croit plus, je sais. Mais franchement, dites-moi, vous êtes heureux dans ce système-ci ? Vous pensez que ce qu'ils nous préparent va augmenter votre niveau de bonheur ? Concrètement, on a quoi à perdre à s'engager ? Rien. On a un monde respectueux de l'humain et de l'environnement à gagner, par contre. Les puissants ont voulu vous faire croire que nous n'y pouvions rien, misant sur la désillusion de la politique, qui ne conduit qu'à plus d'asservissement. Il est trop facile d'être fataliste : un peuple n'est jamais condamné que par l'abandon de sa souveraineté au cynisme et à la résignation. Le peuple n'a pas à attendre que l'on lui donne le pouvoir, il le prend. Et si les oligarques s'y accrochent, il l'arrache.

Contre la démoralisation et l'état de choc : révolution-citoyennisez-vous !

(Et puis j'avoue, j'ai un gros faible pour leur mot d'ordre et leur logo).

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*(N.B.Le fait que je sois contre l'interdiction à titre préventif d'un spectacle ne change rien au fait que je vois en Dieudonné quelqu'un de dangereux, qui défend des idées (consciemment ou inconsciemment) indignes de certains principes. Cela ne change rien non plus à l'opinion que j'ai de Manuel Valls, hypocrite en diable puisque lui-même est un habitué des sorties à caractère xénophobe. Et cela ne change rien non plus à l'opinion que j'ai du CRIF, un ramassis de communautaristes proches de l'extrême-droite – rappelons que le CRIF a soutenu Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy à la dernière présidentielle. Non parce que je vois venir d'ici les mêmes affirmations selon lesquelles si t'aimes pas Dieudonné, alors t'es fan de Manuel Valls. La vie est bien plus complexe en fait.)