Nous n'aurons décidément pas eu le temps de nous asseoir après les Estivales - qui au final tinrent plus d'une rentrée en accéléré que d'une semaine de farniente. Les bagages sont à peine défaits, les yeux encore dans la brume, épuisés d'une retraite grenobloise où l'on travailla avec beaucoup d'ardeur, et c'est vers Damas que l'on tourne son regard, puis vers les guerroyeurs de service qui persistent et signent dans leur imbécillité crasse (voir l'article précédemment posté). Malgré le refus du Parlement britannique - refus qui sera de courte durée j'ai bien peur, puisque les amis parlementaires de David Cameron n'étaient pas tous présents lors du vote, et que l'assisté du 10 Downing Street compte refaire un vote la semaine prochaine - François le Petit a décidé que le costume du G.I. Joe lui allait tellement bien qu'il refuse de l'enlever : en clair, ça veut dire que la France compte quand même aller larguer des bombes sur la Syrie. Je savais qu'Hollande était un incapable - il n'y avait guère que des naïfs pour croire qu'il allait s'attaquer à la finance - mais je n'étais pas au fait de sa folie.

Encore une fois, l'heure est à la mobilisation. Je serai au rassemblement contre la guerre dans ma petite ville anglaise, en espérant qu'il y ait du monde.

Mais Damas, et les roses pourries du socialisme que l'"Occident" s'apprête à lui envoyer n'est pas ce qui m'occupe présentement l'esprit. C'est l'abandon officiel d'une politique de gauche qui me désole, avec cette réforme des retraites qui s'apprête à nous tomber dessus pour un peu plus nous pourrir l'existence.

43 ans de cotisation, donc, et l'équilibre sera rétabli... d'ici à 2040 ! 2040 ! Encore trois décennies de souffrances, et vous verrez, tout rentrera dans l'ordre ! Pour des gogos incapables de prédire ce qui va se passer la semaine prochaine, avouez tout de même que leurs talents de lecture de marc de café dépasse toutes nos espérances. Après les devoirs d'été des ministres - une rédaction sur la France en 2025 - c'est fini, on ne doute plus : François Hollande, c'est l'enfant naturel de Madame Lenormand.

Je reviens à nos moutons, et vous pose la question : avez-vous envie de travailler jusqu'à 68 ans (en prenant 25 ans comme début de carrière, ce qui est plutôt courant, chez nous) ? Moi non plus. Vous me direz que je pourrais bien consentir à un petit sacrifice pour mon pays, parce que bon, l'équilibre des comptes budgétaires par-ci, et qu'on vit plus longtemps par-là. 

Posez-vous d'abord la question de savoir pourquoi l'espérance de vie a augmenté: c'est parce que l'on part à la retraite plus tôt ! Bah oui, tu travailles moins = tu t'uses moins. Une équation aussi simple, et la droite comme le PS sont incapables de s'en souvenir. Ils ne se souviennent pas non plus que partout où l'on a allongé la durée du temps de travail (voir : le merveilleux modèle Allemand), l'espérance de vie en bonne santé a diminué.

L'obligation d'équilibre des comptes budgétaires est une fumisterie. C'est la fameuse règle d'or imposée par le traité européen signé par Sarkozy puis Hollande (je vous rappelle au passage le discours du futur président : "je renégocierai le traité européen") qui nous oblige à toutes sortes de sacrifices ausssi néfastes qu'imbéciles. De plus, les eurocrates non-élus qui font la loi en Europe (j'ai nommé la sacro-sainte Commission Européenne) ont accordé gracieusement un délai à la France pour rembourser sa dette (qui ne posait pas de problème jusqu'en 2008, puis la crise est passée par là, et figurez-vous que notre dette, comme celle de tous les pays européens, a explosé depuis qu'on a commencé à couper dans les dépenses, mais je m'égare). Nous aurons quelques années de plus pour remettre les comptes à zéro. Hourra ! Grande victoire du laquais des marchés, on a 3 ans de plus ! Mais la générosité de la Commission ne va bien sûr pas sans contraintes... Ces personnes, non-élues, sans aucune légitimité donc, nous accordent un retard dans nos paiements UNIQUEMENTsi certaines conditions  sont remplies, conditions qui incluent une réforme du régime des retraites (et fissa on vous dit! Schnell!), et l'ouverture à la concurrence (comprenez : privatiser) les chemins de fer et l'électricité, entre autres joyeusetés.

Notez bien que le moyen de parvenir à cet équilibre budgétaire fumeux nous est par ailleurs imposé. Le petit refrain du "c'est par la libéralisation qu'on règle les problèmes" est bien intégré, et les empêche de chanter une autre chanson. Exemple : si on créait des millions d'emplois (comme pourrait le faire un vaste programme de transition écologique, dont on a bien besoin), au lieu de faire du chômage un horizon systématique comme c'est le cas aujourd'hui, le problème du financement des retraites s'annule, puisque tous ces gens qui travailleront, cotiseront. Mais ça, non. La Commission a décrété que ce serait par la réforme du régime des retraites et la privatisation de nos services publics. Le besoin de réformer nos retraites, même pour parvenir au résultat auquel ces guignols veulent nous faire parvenir avec des méthodes qui ont prouvé leur contre-productivité, à savoir l'équilibre budgétaire, n'est donc PAS NECESSAIRE. 

J'ai 25 ans. D'ici à la fin de ma vie (probablement sur mon lieu de travail), je pourrai enfin respirer car les comptes budgétaires seront équilibrés ! Quelle merveilleuse perspective ! Entre-temps, je serai passée, comme beaucoup, par la case "chômeurs avec des diplômes", avec ce sentiment d'être un poids pour la société, une bonne à rien (puisque j'ai pas de maîtrise d'expert-comptable, et les chiffres, y'a que ça qui compte), une fainéante (parce que bosser jusqu'à 70 ans me rebute), pendant que certains s'empiffrent sur les taux d'intérêt d'une dette que je n'ai jamais contractée. Ce pays perd cruellement le goût de vivre, alors qu'on est une nation jeune, pleine de ressources et de talents ! 

Il existe d'autres moyens d'avancer sans sacrifier trois générations sur l'autel de la Dette. Vite, la Révolution Citoyenne !