Pouvons-nous nous dire surpris ? Non. Il n'avait échappé qu'aux moins attentifs d'entre-nous que les estafades de Hollande contre la finance pendant la campagne présidentielle n'avaient vertu qu'à ramener au sein du troupeau les gens de gauche qui hésitaient entre voter à gauche et laisser la peur du FN dicter le chemin à leurs bulletins de vote.

Cependant, même s'il était clair, à la lecture du programme, qu'on n'allait pas assister à un grand moment de Socialisme avec Hollande, ils ont quand même réussi à décevoir ceux qui n'attendaient rien de lui. François le Petit, plus petit encore que le petit Nicolas. 

La surprise, donc, pour cette conférence de presse, n'était pas au rendez-vous. C'eût été sympa, pourtant, d'entendre qu'on allait mettre des sous dans l'éducation/la santé/les transports/les énergies vertes, donner du boulot à tous et envoyer la Commission Européenne se faire voir chez les Grecs (et se faire recevoir comme il se doit par eux). Mais non, il a déjà fallu se fader les problèmes de couple de François Hollande dont tout le monde se contrefiche, avant d'arriver au noyau de l'affaire.

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On commence bien, avec l'excuse ultime : “nous avions sous-estimé l'ampleur de la crise”. Avec le nombre d'années d'études que la République vous a payées, votre statut d'experts comptables professionnels, vous aviez sous-estimé la crise les amis ? Une crise commencée en 2008, vous l'avez sous-estimée pendant votre campagne de 2012 ? Mais dans quel monde vivez-vous ? Marrant, les gens qui vivent au quotidien la réalité de cette crise avaient bien commencé à en piger l'ampleur pourtant. A moins, évidemment, que tout ceci ne fût un prétexte pour nous leurrer. Un gros choc économique qui nous laisse tous hébétés, paralysés devant l'ampleur de la catastrophe. Des gouvernements qui partout en Europe appliquent des politiques de restriction budgétaire, de baisse des salaires, pour renflouer les banques et “sauver l'économie”. Au final, ces mesures “radicales” prises pour résoudre la crise montrent qu'elles ne font que l'aggraver de manière exponentielle. Tous les économistes qui annoncent que c'est de la folie de pratiquer l'austérité budgétaire ainsi, que l'Europe a atteint un record de pauvreté – aujourd'hui au même niveau que pendant la Seconde Guerre Mondiale. Et pourtant, l'oligarchie continue de préconiser les saignées à répétition. Pendant ce temps-là, il n'y a jamais eu autant d'argent dans la bulle financière, et jamais aussi peu de répartition de l'augmentation extraordinaire de la richesse en circulation. Etait-ce sous-estimer la crise, ou était-ce tirer parti d'un état de choc des peuples, sur le continent entier, pour faire passer baisse des salaires, réduction des libertés individuelles, états policiers et les pleins pouvoirs à la finance ?

Non, François Hollande n'avait pas “sous-estimé” la crise. Il avait très bien compris, au contraire, qu'elle était la meilleure des excuses à faire passer des lois anti-sociales, contre-productives, qui rendraient le quotidien des gens lambdas, vous, moi, le voisin, pire encore. Parce que ce mec roule pour la finance depuis le début. Et ceux qui n'avaient pas bien écouté les leçons de ces deux dernières années ni les signaux d'alerte pourtant nombreux, se sont pris un coup de massue sur le crâne.

Les autres avons poussé un énième soupir excédé devant le désastre qu'ils sont en train d'orchestrer, et l'envie de dire à tous les gros naïfs que “j'aime pas avoir raison, mais c'est pas comme si vous n'étiez pas prévenus”.

Pas de surprise, ça non, mais ça n'est pas une raison pour ne pas s'indigner. Le message était, hier, lors de ce cinéma devant la presse, assez clair j'espère pour que tout le monde comprenne bien que la politique menée par le PS = la politique menée par l'UMP.

Le mythe du PS de gauche : ça SUFFIT ! Ils mènent une politique de droite. Même Copé avait du mal à trouver de quoi critiquer : mais comme il fallait bien jouer la comédie pour faire durer le spectacle, il a trouvé à redire que “dire c'est une chose, faire c'en est une autre, on attend de voir s'il va vraiment faire cette politique” (c'est plié, coco, bientôt tu feras ta grande coalition avec le PS et l'UMP, car vous êtes tous d'accord !).

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La mesure phare c'est évidemment cette annonce de la suppression des cotisations familiales, payées entièrement par les entreprises. Hop, on enlève. Après tout, qui a besoin de gosses à soigner, si on était vraiment tous de bonne volonté on bosserait jusqu'à 80 ans pour que l'Etat puisse refiler les sous de la production aux marchés financiers, et surtout on n'aurait pas de famille – c'est pas bon pour la productivité !
Mais attends... La suppression des cotisations familiales, c'est... 30 milliards d'euros c'est ça ? 30 milliards d'euros qui manqueront ? Etrange, je pensais moi, dans ma naïveté, qu'il fallait faire rentrer de l'argent, pas en faire cadeau à d'autres ! Donc ça veut dire... qu'on réduit les dépenses, mais que quand même y'a des sous dont l'Etat n'a pas besoin ? La logique de la chose échappe à mon angélisme... Ah, quoi, les 30 milliards on va les trouver autre part ? Et où s'il vous plaît ? Ah oui, dans ce qui reste de services publics !

Et d'ailleurs, pourquoi donc on refile aux entreprises 30 milliards, là ? N'ont-elles pas déjà eu un cadeau de 20 milliards d'euros récemment, qui consistait en des allègements de “charges” ? C'était quand, en décembre ? Ah, oui, je me souviens, ces 20 milliards de cadeaux aux GRANDES entreprises, on les paye avec l'augmentation de la T.V.A.

(J'entends dans l'oreillette que les 500 personnes les plus riches en France se sont enrichies de 25% en 2013. Sans déconner ! A part ça tout va bien.)

Et donc, on donne 30 milliards aux entreprises, soit. Mais dans ce monde où tout peut s'acheter (qu'ils croient...) on se doute bien que ça ne sera pas sans contrepartie. Et on peut imaginer que vu la masse de billets, la contrepartie sera assez gigantesque. Je sais pas, moi, Mittal rouvre toutes les usines, les Fralib sont enfin traitées avec justice, Goodyear et PSA arrêtent de se conduire comme de gros capitalistes odieux et on augmente les salaires de tout le monde... A un prix pareil, on veut une sacrée contrepartie, quoi ! Hein, “des promesses d'embauche”, vous dites ? Combien ? Comment ? Dans quelle branche ? Ah on sait pas. Bon ben comme d'habitude, les promesses n'engagent que ceux qui les croient.

Vous aurez compris où je veux en venir.

Ca ne va pas s'arrêter. Ils vont tout sucer jusqu'à la moelle. Ne croyez pas aux bobards à répétition qui vous affirment que ce coup-ci, c'est “le dernier tour de vis”. C'est faux. Car ils savent tous très bien que ça n'est pas en réduisant la dépense publique que l'on sort de la crise. La crise, ça n'est pas la cause de nos malheurs, c'est le prétexte à nous les infliger.

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J'avoue, je m'esclaffai quand François Hollande annonça fièrement qu'il s'auto-décernait le labem “social-démocrate”. Ca fait impression, dites-donc. Social-démocrate, ça rappelle la Scandinavie, les congés maternité de longue durée, la sécurité sociale égalitaire, un système éducatif gratuit pour tous, le bon sens commun européen. Sauf que non, celui qui est à la tête d'un pays pour détruire tout ce qui fait l'Etat social n'a rien à voir avec ça. Déjà c'est pas compliqué, dans sa politique il n'y a pas de social, et on peut se poser la question de savoir où est la démocratie. Outre le jeu de mots facile, comme l'a justement fait remarquer un camarade sur Twitter : visiblement, beaucoup de gens n'ont pas compris ce qu'était la social-démocratie. La social-démocratie est beaucoup plus à gauche que Hollande. Je vous encourage d'ailleurs à aller jeter un oeil à son article sur la question.

Et le mot croissance qui lui revient à la bouche comme s'il suffisait de l'invoquer, incapables qu'ils sont tous d'envisager un monde où la croissance n'est pas une fin en soi. Regardez-les, courir après la croissance infinie dans un monde aux ressources finies. Ce serait touchant, tant de naïveté, si le futur de l'Humanité n'était pas en jeu... Il devient urgent de mettre en place un système de juste répartition de la richesse et respectueux de l'environnement.

En résumé : quand on croit que le gouvernement a touché le fond, ils sortent encore des pelles pour creuser.

Et on va marcher à Paris le 8 février.