Dans le grand bazar ambiant, qui a entendu parler des élections consulaires ? Personne ou presque. C'est nouveau, ça vient de sortir.

Fruit d'une loi pondue par le PS sur la représentation des Français hors de France le 22 juillet dernier, ces élections auront lieu le 25 mai prochain dans tous les consulats du monde, pour élire des conseillers consulaires qui voteront aux sénatoriales et tiendront des permanences pour aider et conseiller les ressortissants français de leur pays d'accueil. Ces conseillers consulaires seront autant de grands électeurs pour les élections sénatoriales de septembre 2014. Cette nouvelle configuration est censée favoriser la démocratie de proximité des Français vivant à l'étranger (sauf qu'en ne donnant strictement aucun pouvoir décisionnel à ces conseillers consulaires, le rôle est quand même sévèrement restreint mais enfin). Pour résumer, c'est un peu notre ersatz de municipales à nous, les "expatriés".

Nos feuillets de doléances.

Comme on peut toujours compter sur le PS pour tenter d'empêcher les partis qui ne sont pas des mastodontes de la Vème République de se présenter, les conditions pour présenter une liste sont extraordinairement sévères pour des élections aussi peu cruciales (puisque pas vraiment de pouvoir si ce n'est celui de faire des rapports pour la poubelle d'un chef de poste consulaire). Le nombre de candidats sur la liste doit correspondre au nombre de postes à pourvoir (comme si un parti allait faire 100% des voix...), doivent être composées d'autant de femmes que d'hommes, et il est exigé que la déclaration de candidature soit signée par tous les candidats... Ca n'a pas l'air bien méchant comme ça, mais je vous donne un exemple concret. A Londres, il y a 20 postes à pourvoir. On ajoute ensuite 5 candidats suppléants, ça fait une liste de 25 personnes à trouver. Outre le fait qu'il est clairement difficile pour un parti qui ne compte pas 300 militants dans la capitale du Kapital de se présenter, le facteur géographique n'aide pas : une circonscription, c'est grand. Quand vous votez aux municipales, vous votez dans votre ville, ou village. Quand on élit à Londres des conseillers consulaires, la circonscription "Londres" regroupe en réalité toute l'Angleterre et le Pays de Galles. Allez donc faire de la démocratie de proximité sur un terrain aussi vaste.

Vous me direz, si le PS n'avait pas pris la fâcheuse habitude de fermer des consulats de proximité (comme à Liège), les choses seraient différentes. Mais il va falloir nous expliquer comment on renforce la démocratie de proximité en enlevant tout pouvoir décisionnel aux élus du peuple d'une part, et en fermant des centres de démocratie de proximité, justement, d'autre part. Bref, comme d'habitude, c'est de l'enfumage PS caractérisé - ce même PS qui réduit les bourses scolaires aux enfants de ses ressortissants et ferme des lycées français - mais le résultat est là : présenter une liste, ça va pas être une partie de plaisir. Et quand je pense à tous ces candidats qu'il va falloir aller voir dans leurs villes respectives pour leur faire signer la déclaration de candidature, en payant nos billets de train plein pot (j'ai précisé que cette loi ne prévoit pas le remboursement des frais de campagne, ce qui implique que de petits partis sans beaucoup d'argent se retrouvent dans la mouise ? Non ? Ben je le dis maintenant alors), j'ai un peu comme qui dirait la nausée qui monte à la moutarde au nez. Ou quelque chose du genre.

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En plus de ça, le décret d'application de la loi n'étant toujours pas paru - on attend toujours que le Conseil d'Etat le publie, qu'ils ne se pressent surtout pas, c'est dans moins de 4 mois  mais ça n'est pas grave ! - on est encore dans le flou.

Mais s'ils croyaient que ce genre de difficultés allair nous arrêter, ils se sont mis le doigt dans l'oeil gauche jusqu'à l'omoplate, car c'était sans compter la pugnacité de nos candidats. On va quand même pas lâcher aussi facilement. Oui, nous avons notre liste. La règle du jeu est pourrie, mais ça n'est pas pour ça qu'on va leur laisser la main. Toute victoire politique est un pas de plus vers la Révolution Citoyenne :)

Ils disent "démocratie de proximité" ? Nous les avons pris au mot : c'est aux citoyens de s'exprimer et aux élus d'exécuter, pas à trois bureaucrates de décider pour le peuple autour d'une table. C'est notre approche de la politique et de la démocratie : on ne décide pas de ce que veulent les gens sans leur demander leur avis. Donc, samedi dernier, à Londres, nous (le PG Londres) sommes allés à la rencontre des Français de Londres. Nous avons lancé notre campagne dans la joie et la bonne humeur, avec le soleil pour allié, qui réchauffait nos doigts rougis par le vent mordant, au Broadway Market à London Fields. Les étals sur lesquels s'empilaient saucissons, fromages et pains au levain témoignaient bien d'une forte présence française, même pour Londres, première ville de France à l'étranger (300 à 400 0000 citoyens français y vivent), et pour cause ! 

Nous avons dû placer la table juste derrière la barrière du marché - le chefaillon local n'ayant pas mis 3 minutes à nous tomber dessus parce que "la rue lui appartenait" (texto) et que selon une loi locale on n'avait pas le droit de distribuer des tracts dans "sa" rue. L'homme était passablement désagréable mais comme nous n'avions pas très envie d'inaugurer notre campagne par une arrestation, on s'est dit qu'on allait laisser le petit chef dans "son" marché et que nous nous mettrions juste à l'entrée, en-dehors des limites qu'il nous avait indiquées entre deux mâchouillements de chewing-gum (bouche ouverte, il paraît que c'est un moyen d'asseoir son autorité. Moi je trouve juste que ça donne l'air d'un ruminant, mais c'est tout subjectif).

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Il est bien sûr très différent d'aller tracter à l'étranger, surtout dans un pays dont la langue officielle n'est pas la vôtre, et où il faut donc user de techniques perfectionnées (ou pas) pour reconnaître à qui vous voulez vous adresser. Bah oui, vous n'allez pas demander à un Anglais ce qu'il  faudrait changer au consulat de France. Notre cible donc : la communauté française. Outre le style vestimentaire qui donne beaucoup d'indications sur la nationalité - les Français ont tendance à être beaucoup plus sobres que les Anglais - mais qui reste un critère faillible, il n'y a en fait d'autre moyen que de s'adresser directement aux gens. Chanter "bonjour" d'une voix fleurie, repérer celle ou celui qui tourne la tête, établir un contact visuel et demander "vous êtes français(e) ?" ou carrément "ça va ?" (parce que oui, ça nous intéresse, de savoir comment vont les gens !), et entre-temps s'approcher, tracts à la main, pour leur donner de la lecture - et des devoirs : "envoyez-nous vos doléances" ! Oui, parce que ces tous beaux tracts que nous avons inaugurés ce week end ne sont pas des tracts "normaux". Ce sont des feuillets de doléances. Je vous ai dit qu'on les avait pris au mot en ce qui concerne la démocratie de proximité ! Quand les blablateries du PS sur la démocratie n'ont aucune vocation autre qu'électoraliste, nous, nous estimons que c'est ce que les gens pensent, proposent, décident qui compte. Il n'est donc pas question d'aller faire avaler à des citoyens des propositions décidées par trois gogos en costume de pingu avec cravate (ce que nous ne sommes pas, d'ailleurs), mais de leur demander de formuler tous les griefs, revendications, commentaires, demandes, propositions, qui pourraient améliorer leur quotidien d'expatriés, pour, si nous sommes élus, porter ces questions, légitimes parce qu'émanant du peuple. Nous sommes dans une dynamique de Révolution Citoyenne, visant à modifier la façon de faire de la politique. Nous ne pensons pas qu'elle est réservée aux politiciens, au contraire : elle doit redevenir l'affaire de tous si l'on veut changer quoi que ce soit à la façon dont le système fonctionne. Il faut donc encourager toute une classe de citoyens qui en ont marre que les politicards aux sombres desseins ne respectent pas leur parole souveraine à reprendre le contrôle sur tout ça, au lieu de se plaindre que ça ne marche pas. La raison même pour laquelle ça ne fonctionne pas, c'est que les clés du pouvoir sont entre les mains de gens complètement déconnectés de la réalité : aidez-nous à les ramener sur terre en vous engageant, peu importe le bord politique. C'est d'intelligence citoyenne que nous avons besoin, pas d'expertise de technocrates.

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Je reviens à mes mutins : figurez-vous que quand vous demandez aux gens, eh bien il y a du répondant. Un soupçon d'incrédulité, parfois, après tant d'années à se faire rouler dans la farine par un parti après l'autre, de l'étonnement - "comment, vous voulez mon avis ? Comme c'est étrange !" - aussi, mais beaucoup de bienveillance, quel que soit le bord politique. Il faut bien dire que la communauté française à Londres (bien que pas particulièrement de gauche, ne nous leurrons pas) ne penche pas vraiment en faveur des partis inégalitaires d'extrême-droite, ce qui facilite la tâche et évite d'avoir affaire à des racistes bornés, tout le monde ayant bien compris ici, de par sa condition d'expat', qu'on est tous l'immigré de quelqu'un. Nous avons eu des débats profonds, philosophiques, avec des gens confortablement de droite, et pas une seule parole n'a été prononcée plus haut que l'autre. Non, nous ne sommes pas d'accord, mais ça n'est pas une raison pour se taper dessus, au contraire - convaincre avec des arguments logiques, remettre en question et s'accorder sur une idée de ce que serait l'intérêt général, voilà ce qui fait la démocratie. Cela étant, il est étrange de constater que les retours dans le monde réel diffèrent bien de ceux que nous pouvons avoir dans la presse. Beaucoup de citoyens sont sensibles aux thématiques que nous défendons, de la lutte contre le Grand Marché Transatlantique à l'idée de lancement de la planification écologique. Tous éprouvent un dégoût intense et une profonde déception à l'égard de la politique menée par le gouvernementa actuel. J'imagine que c'est le résultat des élections qui nous donnera une perception plus juste de la situation.

De London Fields, nous nous sommes transposés à South Kensington en milieu de journée. Postés devant l'institut français tels des gardes républicains (mais en moins roides !), nous avons changé de décor, et même si de prime abord la sociologie du quartier est légèrement différente de celle de London Fields les échanges restèrent du même acabit. 

Au final, ce qui est important, c'est d'être présent. On n'est pas candidat à être élu de la République, fût-ce élu de troisième classe dans un consulat à l'autre bout du monde, si l'on n'est pas prêt à faire vivre cet échange avec ses concitoyens et à porter leurs idées au front. Non, cette nouvelle loi sur la représentation des Français hors de France ne nous plaît pas. Oui, elle enlève aux élus locaux tout pouvoir de décision. Oui, on voudrait la changer, comme on voudrait changer de République. Mais comment on fait, pour changer le système, sans mettre en application les principes qu'on voudrait voir triompher partout où on le peut d'abord ? Le jeu est pourri, n'empêche que si on gagne la partie, on obtiendra plus d'armes pour pouvoir changer les règles, et faire en sorte que cette fois-ci, elles soient décidées par tous les citoyens qui auront décidé de nous rejoindre. Toute victoire, même minuscule, est bonne à prendre, car elle est l'occasion de mettre en application le seul principe qui vaille, et que nous faisons nôtre : seul le peuple est habilité à décider. Et par la force de l'exemplarité, parce que nous avons vocation à l'appliquer partout où nous pouvons, vous verrez que c'est lui qui finira par triompher.

A Londres, comme partout ailleurs : place au Peuple !