Voilà des semaines qu'on nous prédisait le succès du FN, que les grands médias leur accordent, en plus d'un temps d'antenne disproportionné – la palme va quand même à BFMTV (ou devrait-on dire BFN ?) chez qui la haine totalise 43% du temps d'antenne à elle seule, et où le Front de Gauche n'en a pas, même un maigre pour cent.

Les résultats ont été savamment annoncés hier : on choisit des villes phares du FN , Hénin-beaumont, Fréjus, Avignon. Hénin-Beaumont surtout. Steve Briois élu à la majorité absolue au premier tour. Cette désagréable sensation d'être de retour sur mon canapé un soir d'avril 2002, quand j'ai cru me décomposer en voyant le visage du révisionniste, fasciste, raciste notoire s'afficher à l'écran. Et c'était parti pour le grand cirque : la Le Pen exultait, les chiens de garde frétillaient du derrière sur leur “grande victoire”, pendant que les journalistes venaient leur manger dans la main. Ce à quoi nous assistâmes hier à la télé tenait de la stratégie du choc : on ne parlait que du triomphe unilatéral du FN, comme si Hénin-Beaumont, Brignoles, Fréjus, Forbach et Avignon, dont on sait pourtant depuis un moment qu'elles sont des bastions de fachos et de néonazis, représentaient la France dans son ensemble. C'est, au fond, peu différent de d'habitude : on parle du FN pour cacher la déchéance de la Cinquième République et des partis de gouvernement, qui sauterait aux yeux sinon.

Le FN présent au second tour dans 2.3% des villes. Quelle victoire éclatante, franchement !

Et hier, nous attendions des résultats sur ce dont nous, l'opposition de gauche, étions capables. Peine perdue : il fallait être un oeil averti pour bien saisir où nous étions, balayés du paysage politique par des médias fascinés par la peste brune. Les résultats défilaient à la télé, le Front de Gauche était soit occulté, soit présenté sous diverses étiquettes (“divers gauche”, “union de la gauche”, “front de gauche”, “PG”, “PC”... Merci au passage à toutes les préfectures qui nous ont nié notre identité politique) pour détruire tout potentiel de lisibilité quant à notre score global.

Les médias n'en parlent pas mais le tableau est loin d'être déshonorant pour nous. C'est même plutôt le contraire, objectivement. Nous sommes la seule force de gauche qui a progressé. Nous faisons des scores à deux chiffres dans plein de villes. C'est bien. Ca n'est pas assez, non, surtout face à la fachosphère qui a le soutien des médias, on serait tentés d'avoir la main qui tremble. Mais je dis à mes camarades, dont les yeux étaient pleins de déception et d'angoisse hier, la réalité n'est pas celle qu'on nous vend.

Les catastrophes dans certains endroits, oui, il y en a eu, dans l'Est, dans le Nord, dans les zones où l'on a abandonné les gens à la misère et à la désillusion. Mais voyez, les amis, le tableau global. Voyez Grenoble, où malgré les sondages, nous sommes arrivés en tête, devant tous les autres, et bien placés pour gagner. Voyez Vesoul, Poitiers, Alès, Nîmes, Lorient, Dieppe, Cholet, Niort, Villefranche-sur-Saône, Istres, Montauban, Bourges, Saint-Dizier, Cambrai, Rennes, Avignon, Lanester, Châteauroux, Montpellier, Avignon, Guéret, Tarbes, Albi, Vierzon, Grandville, Cherbourg, les Lilas, Juvisy, Guéret, le Lud, Le Havre, Limoges, Foix, Tarbes, Epernay, Lyon (où nous réalisons 33 dans le premier secteur), Villeurbanne, Varennes-Vauzelle, Ivry sur Seine, et même Etain...

Je continue la liste, ou vous aurez saisi l'idée ? On réalise des scores à deux chiffres (et au-delà du 14%). A certains endroits on a même la majorité absolue, et c'est curieux, personne n'en parle.

Je pense qu'à un moment donné il va falloir s'arrêter avec cette fascination morbide pour le Front National. Moi aussi j'aime l'Histoire mais j'ai moyennement envie d'en ressortir les rats puants des poubelles pour les mettre dans mon salon, non merci.

Vous vous souvenez, camarades, quand on s'était dit que ce ne serait pas une promenade de santé ni une partie de rigolade, tout ça. On avait même convenu qu'il n'y avait rien à attendre de ces gens-là, des gens du système. Que le rapport de forces est en notre défaveur, parce que le système préfèrera toujours le FN, le grand ami des puissants, à nous, qui défendons tout le monde et par conséquent prônons une remise à plat générale des institutions et des logiques politiques qui nous gouvernent.

Partout où l'autonomie a fait loi, où la cohérence politique de non-alliance avec des gens qui soutiennent les politiques pratiquées par le gouvernement, partout ou presque où l'on a tenu la barricade avec cohérence et honnêteté, le Peuple a su.

Nous saurons montrer notre force, indépendants de leurs magouilles et de leurs trucages. Le résultat d'hier a montré que la seule manière d'obtenir l'assentiment de tous est de se positionner clairement contre l'austérité, et contre ce gouvernement qui pratique, on ne le répètera jamais assez, une politique de droite. Hauts les coeurs. On marche à nouveau le 12 avril, et on lâche toujours rien. Ensemble jusqu'à la Sixième République, ensemble jusqu'au partage des richesses, ensemble jusqu'au non-paiement de la dette illégitime.