Je navigue aujourd'hui entre liesse et gueule de bois. Pas à cause des quelques verres levés hier soir au formidable accomplissement de nos camarades à Grenoble, mais parce qu'entre les déchaînements pro-FN qu'on nous administre à la télé et qui ont pour moi l'effet d'un vomitif, et le remaniement ministériel qu'Hollande est en train d'infliger à la France, franchement, il y a de quoi sentir des hauts-le-coeur.

Mais il y a le verre à moitié plein, et même rempli. A ras bord. Les perroquets des médias ont pu l'oublier hier soir, mais la liste Grenoble, une Ville pour Tous, a triomphé. 40% pour notre liste EELV-PG conduite par Eric Piolle dans la cité rebelle de l'Isère. 13 points dans la figure de Jérôme Safar, le candidat PS malheureux qui avait choisi de se maintenir au second tour avec le soutien du Parti Communiste. Il semble loin, le temps où Pierre Laurent fustigeait la "terrible erreur du Parti de Gauche à Grenoble", qui avait choisi de s'allier avec ceux qui étaient d'accord pour promouvoir la gratuité des transports, la régie publique de l'eau, et une politique sociale pour la ville. Accusés de diviser la gauche, et de risquer la victoire de la droite au second tour parce que, en désaccord profond avec la politique du PS, le PG-EELV n'était pas particulièrement partant pour rejoindre la liste de Safar au second tour, le Parti de Gauche s'est entendu dire qu'il devait à tout prix rejoindre les socialistes. Manque de bol, nous étions en tête au premier tour. Et le candidat PS a refusé de rejoindre la liste. Bien mal lui en a pris. Aujourd'hui, Grenoble s'est réveillée habillée de rouge et de vert, après une soirée de liesse de la gauche pastèque qui a conquis la mairie pour défendre les citoyens grenoblois. En juin 1788, c'est à Grenoble que les prémisces de la Grande Révolution ont eu lieu. Aujourd'hui, c'est une autre journée des Tuiles pour le PS et leur politique de droite. Ils devraient regarder vers l'Isère un peu plus souvent et en tirer les leçons, au lieu de faire preuve de mépris et faire semblant de ne pas voir. En même temps, ça nous laisse faire notre chemin. Camarades grenoblois, la première étape est franchie.

Et pendant que les médias dominants, BFN en tête, ignoraient cordialement la bannière rouge et verte hissée sur l'hôtel de ville de Grenoble, ils étaient pourtant bien en peine pour trouver de quoi parler hier soir. La vague brune qu'on nous a promise n'a pas déferlé. Une dizaine de villes, c'est que dalle. Le Front de Gauche en a conquis 67 au premier tour, mais visiblement le rouge passe mal à la télé. La haine tirait une tronche jusque par terre. On la comprend : ses poulains ont perdu partout où ils se sont présentés. Pas de raison pour déployer les grands discours de "montée du FN" en boucle - même Pujadas n'y parvenait pas. Arrêtons donc cinq minutes de jouer les effarouchés. La peur n'a pas sa place quand le fascisme prend des villes. Les Héninois ont dû se réveiller avec une gueule de bois encore plus monumentale que la mienne lundi dernier, et c'est une gueule de bois qui va durer six ans. Six ans. En une semaine, les oligarques FN au pouvoir ont déjà montré qui ils étaient : le premier Conseil Municipal s'est tenu hier, alors que la police reconduisait dehors manu militari les membres du Conseil Municipal qui n'avaient pas de carte au FN. Non, leurs méthodes n'ont pas changé. Le FN est toujours, bel et bien, un parti de nazis, de xénophobes, d'ignorants, de dangereux incompétents et corrompus. Une semaine, et les masques sont déjà tombés (non qu'ils fussent particulièrement subtils auparavant...). Comptez sur nous pour allumer la lumière partout où ils chercheront à étendre l'ombre. Ils ne passeront pas. Jamais.

Ceci dit, pas besoin de l'étiquette FN pour retrouver des relents de fascisme au pouvoir : la nouvelle est tombée en fin d'après-midi. Nous avons un nouveau premier ministre, en la personne de Manuel Valls. C'est un signal fort vers la droite et la défense des intérêts de la classe dominante. Les Français sanctionnent durement le PS, qui, par sa politique pourrie, a réussi à mettre à bas le travail qu'avait accompli la gauche dans son ensemble depuis la Seconde Guerre Mondiale. Je résume : ça fait deux ans qu'on se tape une politique de droite, le gouvernement fait pire que sous Sarkozy. Ca fait deux ans que la colère monte de plus en plus, que le Peuple réclame plus de justice sociale, en lieu et place des cadeaux aux grands patrons du MEDEF. Deux ans qu'ils sont là, et la République tremble sur ses fondations. Le paysage politique est en train de se décomposer. Le peuple demande clairement l'exact inverse de ce que fait le gouvernement. Et François Hollande de lancer le message "je vous ai compris". "On va changer de politique". Résultat : il va nous faire la même, en encore pire. Du néolibéralisme, la xénophobie et l'autoritarisme en prime, avec Manuel Valls premier ministre.

L'absurdité de la situation n'a d'égale que l'énormité de l'erreur politique que vient de commettre Hollande. La Cinquième République vit ses derniers instants. Le paysage politique se décompose à une vitesse fulgurante. Les écologistes quittent le gouvernement. La stratégie du PCF, dont certains nous ont fait la leçon sans arrêt car nous refusions l'alliance avec le Parti Solférinien, a prouvé son inefficacité. Dans ce grand bordel, nous devons être clairs. Je suis fière d'être au PG : pas de magouilles, pas d'arrangements avec les élites politiciennes. Personne ne nous tient par la barbichette ni ne brandit d'épées de Damoclès au-dessus de nos têtes : nous sommes indépendants, et ce que nous avons gagné, nous ne le devons qu'à nous-mêmes, grâce au travail acharné de tous ceux qui construisent l'Opposition de Gauche et montrent un cap différent. La politique que nous faisons ne connaît pas la fatalité. Rien n'est jamais figé. Ce soir, nous avons assisté à un effondrement de plus dans l'édifice de la Cinquième République. Que tous ceux qui ne souhaitent pas mourir étouffés sous les décombres rompent les rangs et rejoignent les hordes de citoyens déterminés qui refusent de céder à la résignation. La main est tendue, les bras grands ouverts. Oui, une autre politique est possible - de toutes façons, on n'aura pas le choix. Vite, la Sixième République, la Révolution Citoyenne, pour le Peuple et pour la Patrie ! L'Histoire ne fait que commencer.

La bête acculée qui se meurt ne comprend que la force. Le 12 avril, à Paris, nous leur montrerons.