Je retrouve enfin mon déversoir favori.

Combien de temps que je n'ai pas lu ? Ecrit ? Fatiguée, fatiguée de beaucoup de choses, mais la rage, encore et toujours, chevillée au cœur. Des projets, de grands projets, trop longtemps mis en sommeil. Ma vie mise à l'écart, et pour quoi ? Il n'est pas exclu que je me sois perdue en route, et je ne sais plus bien où est le chemin, alors, pas à pas, un pied devant l'autre. J'ai perdu, on a perdu l'horizon de vue.

Des rencontres, comme des coups fatals qui ont fait voler en éclat un bon paquet de certitudes. Celle, surtout, en juin, avec Podemos. Ce mouvement espagnol, issu du mouvement des Indignés, qui a fait 5 élus au Parlement Européen, qui vont siéger à Strasbourg en bus Eurolines, qui touchent un smic et reversent le reste de leurs indemnités de parlementaires à des associations citoyennes. Un parti du peuple, un truc inclusif, qui ne s'embarrasse pas de drapeaux, d'encartés. « Un mouvement dont la condition de la réussite est sa capacité à se déborder lui-même ».

Je rêve d'un mouvement citoyen. Que tout le monde se saisisse de la politique, pas de la politique partisane, mais la vraie, la vie de la polis, le vivre ensemble. On veut rien d'autre que vivre ensemble, tous, comme on est, avec assez pour ne pas être pris à la gorge tous les jours entre un boulot qui nous fait chier mais qu'on a peur de perdre et des contraintes que ledit boulot nous inflige. Celle d'aller bosser le dimanche sous peine qu'un autre prenne la place. Les experts qui savent tout mais surtout nous mettre dans la mouise nous traiter de fainéasses, d'assistés, de bons à rien. Comment on se dépêtre de tout ce bordel ? La question c'est pas d'être de droite ou de gauche. Ce vieux monde est mort de toutes façons. Qu'ils s'en aillent ! Y'a plus personne pour les écouter, les bien-pensants de l'arène politico-médiatique. Plus personne n'y croit. J'étais à République, tout à l'heure, au rassemblement pour la Sixième République. Je voyais les camarades avec leurs drapeaux du PG. Le Parti de Gauche. Mon parti, qui m'a apporté tant. Des rencontres inoubliables et des amitiés qui se sont nouées, en manif, autour d'un verre de rosé à chanter les chants de la Grande Révolution. Une émulation intellectuelle permanente. Mais c'est où, camarades, qu'on a perdu l'inspiration ? C'est à quel moment, qu'on a oublié, au milieu des parlementations, en relations unitaires, l'essentiel : la vie des gens, de tous autant qu'on est ? C'est quand, camarades, que ce système qu'on voulait bouffer nous a détruits ? On n'a pas compté nos heures, avec toutes les meilleures intentions du monde, persuadés d'agir pour le bien commun, pour l'intérêt général, pour ce Peuple qu'on invoque mais qui vit, sans nous, qui s'organise dans la vie de tous les jours, parce qu'il faut vivre au quotidien.

Quand est-ce qu'on a troqué le calendrier humain pour le calendrier militant ? Tout ce petit monde, des gens au cœur grand comme la mer, rassemblé pour une sixième république, mais qui ne sait pas poser les drapeaux, alors que la masse abhorre les drapeaux et tout ce qu'ils représentent ! Le Parti de Gauche. Nous nous sommes voulus parti creuset, inclusif, mais dans le nom, déjà, on exclut. On exclut tous ceux qui se pensent de droite, par tradition, par habitude. Ceux qui sont d'accord pour foutre en taule les banquiers, pour que l'eau soit un bien commun, pour qu'on puisse avoir des transports gratuits et des loyers qui nous bouffent pas la moitié de notre salaire, mais qui se pensent de droite. Mais tous ces gens-là, c'est aussi le peuple ! Les partis, ça fait fuir. Ca rappelle des décennies de promesses non tenues, d'espoirs déchus, ça renvoie à ce système qui nous fait tous gerber, qui nous mène une vie pas possible. On voulait être différents. Résultat : ce système politique qu'on rejette, on s'est jetés en plein dedans. A vouloir appeler ceux du système à nous rejoindre, à rester dans un monde de militants, qui mènent une vie assez confortable pour avoir le temps de militer. On a misé sur la faillite du système, sur le courage des autres qui le connaissent, les autres politiciens qui de temps en temps le condamnent : on les a appelés, à maintes reprises, ils n'ont pas répondu. Parce que, moins naïfs sans doute que nous, ils ont compris qu'ils pouvaient en tirer parti jusqu'au bout. Et entre-temps, on a perdu le Peuple.

Le Peuple se fout de la politique, parce que la politique se fout de lui.

Le système est vermoulu, ça tout le monde le sait, et chacun construit sans lui. Tiraillés entre ce que la société attend de nous et nos aspirations à vivre, tout simplement. A avoir chacun notre capacité à trouver le bonheur par nous-mêmes. C'est où qu'on a merdé, camarades ? Quand est-ce qu'on a arrêté de penser à tous, à quel moment on a quitté les gens pour se retrouver à changer le monde dans nos têtes ? Parce qu'on est assez confortables pour nous permettre de refaire le monde autour d'un verre ? En attendant, les gens, le peuple continue de vivre. Peu importent les manifs, les grands et beaux discours. On paye pas le loyer avec de la théorie.

Il est là, le souci, c'est qu'à force de vouloir blouser le système de l'intérieur, c'est lui qui nous a mangés tous crus. Et on se retrouve là, avec un gros malaise quand les gens qu'on approche pour leur parler de nos idées nous mettent dans le même sac que tous les autres. Des menteurs, des gens là pour tirer profit du système pendant que tout le monde se fait avoir. Parce qu'on croyait vraiment pouvoir changer le monde avec les vieilles méthodes. J'ai mal quand j'entends ça. Je fais pas de la politique pour ça, je le fais parce que c'est un devoir pour tout un chacun de s'occuper de la vie de sa cité. Parce que le système est tellement violent et hypocrite que tu veux le prendre à bras-le-corps, et tu crois que c'est en te formatant dans un système politique bien plus rôdé que toi que tu vas le détruire. Mais le système est toujours plus malin. Et puis y'a les gens, qui te renvoient une image dégueulasse, parce que pas mal de militants du vieux monde ne savent pas sortir des schémas de pensée qui leur ont été inculqués. Quand t'es jeune et militant, t'as toujours ce rapport quasiment générationnel à la révolution. Les vieux te disent comment il faut faire. Mais alors, si vous savez, pourquoi vous ne l'avez pas changé, le monde ?

Je veux plus de magouilles. Concrètement, je me fiche de savoir si on part aux sénatoriales avec les verts ou avec le PCF, ou avec Duchmol du collectif Bidon. Je veux que le Sénat, cette institution antidémocratique par excellence, dégage. Je rejette ce système et toutes ses méthodes éculées qui ont réussi à dégoûter tout le monde du sens du collectif, de la vie ensemble. J'emmerde les médias, de mèche avec le pouvoir pour nous assommer de conneries au quotidien. On s'en fout, d'eux, camarades ! Les médias, c'est nous, le système, c'est nous, nous tous !

Il faut qu'on se prenne en main. Revoir nos schémas, avoir l'audace de changer vraiment le monde. Trouver le courage de briser les vieux carcans de pensée dans lesquels on est plein à s'être faits enfermer, parce qu'on y croyait, vraiment ! Laisser libre-cours à la rage et à l'amour qui nous animent. On vit tous sur la même planète, et le temps nous y est compté, autant qu'on apprenne, ensemble, à vivre. On n'a rien à perdre, les amis, on a un monde à réinventer.

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